
1021 | Agents, graphes et robots : l'IA qui construit l'IA
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Cette semaine : des agents qui codent et paient, des graphes de connaissances qui s'auto-construisent, de la vidéo et de la santé émotionnelle par IA, du matériel open source, et même un réseau social bâti en 48 heures. Un tour d'horizon rapide des outils IA qui changent le quotidien des développeurs.
Chronologie
- 00:00:04 Introduction
- 00:00:35 Coder avec des agents : bureaux, modèles ouverts et harnais auto-évolutifs
- 00:04:47 La boucle produit : feedback, docs et données pour les agents
- 00:08:18 Chercher, créer et exécuter : la couche services de l'IA
- 00:11:54 Infra et matériel : GPU mémoire, robot open source et bureau du dev
- 00:15:11 Sans serveur, sans compte : outils minimalistes et IA au service des humains
- 00:18:56 Conclusion
Liens connexes
- snyvi
- RunInfra
- Harness²
- Composio Instant
- Inflight
- yggy
- Mintlify Autopilot
- ESP-Mosaico
- Exa 3.0
- Kling 4.0
- Jotform App Builder for ChatGPT & Claude
- ToDo.is
- bonds
- Intel® GPU D-series
- Asimov 1
- Portlivo
- xtty
- Tiny Little Office
- Hoistbay
- reception
- Stella
- /dev/null
Cet épisode est produit par Bri. Bri utilise une technologie d'IA avancée pour transformer les flux qui vous intéressent en podcasts conçus pour l'écoute. Contactez-nous à hi@bri.so.
Transcript
Claire Martin: Bonjour et bienvenue dans l'édition du jour, votre brief produit quotidien. Moi c'est Claire Martin.
Nicolas Moreau: Et moi Nicolas Moreau. Et ce qui relie tout ce qu'on va couvrir aujourd'hui, c'est une idée assez simple : l'IA ne se contente plus de répondre à des questions, elle travaille. Elle code, elle s'organise, elle paie des services, elle se construit même ses propres outils.
Claire Martin: Et du coup la vraie question qui traverse toutes ces annonces, c'est : qui garde le contrôle ? Un agent qui se modifie lui-même, qui dépense de l'argent tout seul, qui lit vos documents... il faut savoir où sont les garde-fous. On va essayer de répondre à ça, produit par produit.
Nicolas Moreau: Alors commençons fort, avec le quotidien du développeur. Il y a un outil qui s'appelle snygy, et son produit s'appelle snyvi. C'est une application de bureau, gratuite et open source, sous licence MIT. Le principe : chaque projet obtient un bureau, une sorte de desk, avec jusqu'à quatre agents de code côte à côte.
Claire Martin: Quatre agents qui travaillent en parallèle sur le même projet, ça change la manière de bosser. Au lieu d'avoir un seul agent qui fait tout, on peut imaginer un agent qui corrige un bug pendant qu'un autre écrit une fonctionnalité et qu'un troisième passe des tests. Et le point important, c'est que tout reste en local. Rien ne part sur un serveur distant.
Nicolas Moreau: C'est un argument fort pour les équipes qui ont des contraintes de confidentialité, du code propriétaire, des données clients. Mais attention, snygy nous décrit ça comme sa promesse, ce sont des affirmations du créateur, on n'a pas pu vérifier en profondeur comment ça se comporte avec quatre agents qui modifient simultanément le même code. Les conflits de fusion, ça peut vite devenir un sport.
Claire Martin: Oui, et il y a une vraie question ouverte là-dessus : est-ce que les agents se coordonnent entre eux, ou est-ce que chacun travaille dans son coin ? Le source ne le précise pas. Mais pour qui c'est : le développeur individuel ou la petite équipe qui veut expérimenter les agents multiples sans payer d'abonnement et sans envoyer son code dans le cloud. C'est un choix différent des plateformes de type IDE en ligne.
Nicolas Moreau: Maintenant, vos agents, il faut les alimenter en modèle. Et là, RunInfra propose une formule intéressante : des forfaits de code à dix dollars par mois, prix fixe, avec des modèles ouverts rapides comme GLM 5.3 ou DeepSeek, utilisables dans Claude Code et d'autres outils similaires.
Claire Martin: Le détail qui mérite qu'on s'attarde : ils revendiquent 99,5 pour cent de hits de cache. Concrètement, ça veut dire que la plupart des requêtes seraient servies depuis un cache plutôt que recalculées de zéro, ce qui expliquerait comment un forfait fixe est économiquement viable. Mais c'est une donnée annoncée par l'éditeur lui-même, il n'y a pas d'audit indépendant là-dessus.
Nicolas Moreau: Et la vraie question pour un abonnement à prix fixe avec des modèles tierces, c'est : qu'est-ce qui se passe quand votre usage explose ? Est-ce qu'il y a du débit limité, des files d'attente ? Rien là-dessus dans ce qu'on a. Ce qu'on peut dire objectivement, c'est que ça baisse significativement la barrière d'entrée : dix dollars par mois pour brancher des modèles ouverts dans un environnement de coding agent déjà rodé, c'est très différent des factures à l'usage qu'on connaît ailleurs.
Claire Martin: Et maintenant on passe à l'endroit où ça devient vraiment vertigineux. Google Research a publié un framework open source qui s'appelle Harness², et son principe : laisser les agents faire évoluer eux-mêmes leur harnais. Le harnais, c'est tout ce qui entoure le modèle — les outils, les boucles d'évaluation, la structure dans laquelle l'agent opère.
Nicolas Moreau: Et le chiffre annoncé, c'est jusqu'à plus de onze points et demi d'amélioration sur des benchmarks. C'est substantiel. Mais on reste prudent : jusqu'à, ça veut dire meilleur cas, probablement sur certaines tâches spécifiques. Ça ne veut pas dire que votre agent de code va gagner onze points partout.
Claire Martin: Ce qui est fascinant, c'est le renversement conceptuel. Jusqu'ici, les humains construisaient les frameworks et les agents les remplissaient. Là, le framework construit le framework. Google Research l'ouvre en open source, donc c'est vérifiable, on peut lire le code — c'est déjà mieux que beaucoup d'annonces.
Claire Martin: Mais ça pose exactement la question qu'on évoquait en ouverture : un agent qui optimise son propre environnement, optimise-t-il vraiment pour ce que l'humain veut, ou pour ce qui se mesure bien ? Les benchmarks ne capturent pas tout.
Nicolas Moreau: Et pour compléter ce tableau de l'agent autonome, il y a Composio Instant. Le principe : donner aux agents un portefeuille partagé pour payer plus de 1500 outils à la demande, sans inscription, sans clé API. Chaque outil, l'agent le paie quand il en a besoin.
Claire Martin: Là aussi, il faut regarder les deux côtés. Le côté séduisant : l'agent n'a plus besoin que vous créiez dix comptes et gériez dix clés pour accomplir une tâche qui touche plusieurs services. Zéro friction. Ils offrent deux dollars de crédit pour essayer, et ils annoncent zéro pour cent de marge sur les transactions.
Claire Martin: Ce dernier point est notable, parce que ça veut dire qu'ils ne gagnent rien sur chaque paiement — du coup leur modèle économique repose probablement sur autre chose, et ça, ça reste une zone d'ombre.
Nicolas Moreau: Et le côté inquiétant, c'est exactement le contrôle. Un agent avec un portefeuille, même limité, peut payer des choses. Est-ce qu'il y a des plafonds, des catégories interdites, une approbation humaine ? Le source ne le détaille pas. C'est la question qu'il faut poser avant de brancher ce genre de chose sur un projet sérieux.
Claire Martin: Voilà, on a un agent qui code en local, qui tourne sur des modèles ouverts pas chers, qui améliore son propre harnais et qui dépense de l'argent tout seul. Il ne manque qu'une chose : quelqu'un pour lui dire si ce qu'il a construit est bien. Et ça, c'est une transition parfaite vers notre deuxième partie.
Nicolas Moreau: Exactement. Commençons par Inflight. L'idée : épingler des commentaires et des vidéos directement sur une application en cours d'exécution. Vous, ou vos testeurs, marquez un point précis de l'interface, vous laissez une note ou même un enregistrement vidéo, et le point s'ancre à l'endroit exact de l'app.
Claire Martin: Et là où ça devient intéressant pour notre fil rouge : les agents de code viennent chercher les prochaines étapes via MCP, le protocole standard pour connecter les outils aux modèles. Donc la boucle se ferme toute seule — le prototype est construit, les retours sont épinglés dessus, l'agent les récupère et corrige. Plus de copier-coller de tickets depuis un outil de gestion de projet.
Nicolas Moreau: Pour qui c'est : l'équipe qui itère vite sur un prototype, avec des stakeholders non techniques qui ne savent pas écrire un ticket proprement mais peuvent pointer l'écran et parler. La limitation, c'est que ça suppose que vos retours soient assez structurés pour qu'un agent les exécute sans ambiguïté — un commentaire vague, l'agent va interpréter. On n'a pas de retour communautaire vérifié là-dessus, donc restons sur ce que l'éditeur décrit.
Claire Martin: Et en amont de cette boucle, il y a la connaissance. yggy est un projet qui auto-construit un graphe de connaissances à partir de vos documents et de vos systèmes. Les points forts annoncés : chaque fait dans le graphe garde sa source, les fusions sont réversibles, et tout est hébergé en Europe, avec une API et du MCP.
Nicolas Moreau: Le fait sourcé, c'est le détail qui compte pour moi. Dans un graphe de connaissances classique, quand l'IA fusionne deux entités, si elle se trompe, c'est irréversible et vous ne savez plus d'où vient l'information. yggy dit : chaque fait garde son origine, et si une fusion est fausse, on la défait. C'est une réponse directe au problème de confiance dans les systèmes d'IA qui réorganisent vos données.
Claire Martin: Et l'hébergement européen, c'est un argument concret pour les entreprises soumises au RGPD. Là encore, ce sont des affirmations du produit, mais elles sont vérifiables : le code expose une API, la promesse est spécifique. Ce qu'on ne sait pas : quels types de systèmes il connecte, quelle est la granularité du graphe, comment il gère les documents ambigus.
Nicolas Moreau: Troisième pièce du puzzle : la documentation, le point noir classique. Mintlify Autopilot est un agent qui surveille vos dépôts et votre Slack, et qui propose des mises à jour de documentation sous forme de pull requests. Détail malin : il apprend le style des PR passées, y compris celles qui ont été fermées — donc il apprend aussi de vos refus.
Claire Martin: Ça, c'est un design intelligent. Un PR fermé, c'est un signal négatif, et peu de systèmes l'exploitent. Le format PR, c'est aussi un choix de contrôle : rien n'est mergé automatiquement, un humain relit. C'est exactement le genre de garde-fou qu'on réclamait pour Composio. Pour qui : les équipes qui ont une vraie base documentaire mais qui n'arrivent jamais à la maintenir à jour parce que personne n'en a le temps.
Claire Martin: Limite : il faut que votre doc soit déjà structurée d'une manière que l'agent peut modifier proprement.
Nicolas Moreau: Et dernière pièce, la plus surprenante : ESP-Mosaico, une carte de développement modulaire basée sur un ESP32-S31, conçue pour que des agents de codage puissent construire, déployer et itérer sur du matériel réel.
Claire Martin: C'est la boucle produit qui descend jusqu'au monde physique. Le hardware, c'est traditionnellement le domaine où l'IA a le moins aidé, parce qu'il faut flasher des firmwares, brancher des sondes, déboguer des signaux. Une carte pensée pour être manipulée par un agent, c'est une hypothèse audacieuse. Le côté modulaire suggère qu'on peut changer les composants selon le projet, mais les détails précis de ce que l'agent peut faire — flasher, tester, mesurer — restent à clarifier.
Nicolas Moreau: On a donc maintenant une boucle complète : le prototype se construit, le feedback arrive épinglé sur l'app, la connaissance s'organise dans un graphe sourcé, la doc se met à jour en pull requests, et même le matériel devient adressable par l'agent. Il manque deux choses pour que cette boucle tourne à l'échelle : chercher de l'information, et créer du contenu. Et c'est pile notre troisième sujet.
Claire Martin: Commençons par la recherche. Exa 3.0, une grosse mise à jour de leur API de recherche. Trois éléments : d'abord Dynamic Highlights, qui prétend réduire la consommation de tokens de 95 pour cent — au lieu de renvoir des pages entières, l'API ne renverrait que les passages pertinents. Ensuite, une offre Exa Lite à quatre dollars pour mille requêtes. Et enfin, des milliards de nouveaux documents indexés.
Nicolas Moreau: Le chiffre des 95 pour cent, traitons-le comme une affirmation marketing : ça dépend évidemment des requêtes. Mais la logique est saine — dans les pipelines d'agents, la recherche est souvent ce qui coûte le plus en tokens, parce qu'on aspire des pages entières pour n'exploiter que trois lignes. Si on ne renvoie que les passages utiles, le gain est réel. Et le prix de quatre dollars pour mille requêtes positionne ça comme une commodité accessible, pas un service d'entreprise.
Claire Martin: Et pour qui, concrètement : les développeurs qui construisent des agents qui doivent chercher de l'information fraîche, en continu. La question ouverte, c'est la qualité du découpage en passages sur des documents complexes — tableaux, PDF, pages techniques. Rien là-dessus dans le source.
Nicolas Moreau: Passons à la création. Kling 4.0, génération de vidéo. Les capacités annoncées : jusqu'à dix images clés, quinze références, des clips de trente secondes, et du lip sync dans plus de dix langues. Il y a une API avec MCP et CLI, donc les agents peuvent l'appeler, et une déclinaison Kling Flash en 720p, moins chère.
Claire Martin: Dix images clés, c'est le chiffre qui parle aux réalisateurs : ça permet de diriger la vidéo image par image, pas juste un prompt et prier. Quinze références, ça veut dire nourrir le modèle avec des visuels de personnages ou de produits pour la cohérence. Le lip sync multilingue, c'est pour les contenus marketing et la localisation. Et l'offre Flash en 720p, c'est le signal classique d'un marché qui se segmente : la qualité haute pour les pros, du rapide et pas cher pour les itérations.
Claire Martin: Tout ça, ce sont des capacités annoncées — la vraie qualité des sorties, il faudra la voir sur vos cas d'usage.
Nicolas Moreau: Et maintenant, des outils qui créent des choses complètes. Jotform App Builder : vous partez de vos formulaires Jotform existants, et vous générez des applications no-code — portails, boutiques, catalogues — qui tournent à l'intérieur de ChatGPT et de Claude.
Claire Martin: Le positionnement est intéressant : au lieu de construire une app séparée que les utilisateurs doivent télécharger ou visiter, l'app vit là où vos utilisateurs sont déjà, dans leurs conversations avec les assistants. Pour les petites entreprises qui ont déjà des flux de formulaires, c'est un raccourci réel. La limite évidente : vous êtes dans l'écosystème Jotform, et les apps sont contraintes à ce que le builder sait générer.
Nicolas Moreau: Et ToDo.is pousse la logique agentique jusqu'au bout : un agent qui exécute vos tâches — recherches, fichiers, sites web — 24 heures sur 24, accessible depuis le web, WhatsApp ou Telegram. Le détail à retenir : il demande avant toute action risquée.
Claire Martin: Voilà encore un garde-fou explicite, et c'est le bon design. Un agent qui fait des recherches et crée des fichiers en autonomie, ça va. Un agent qui publie sur un site ou supprime quelque chose sans demander, ça ne va pas. Que le produit l'assume dans sa description, c'est un bon signal. Ce qu'on ne sait pas : comment il définit « risqué », et où est la frontière exacte.
Nicolas Moreau: Et pour finir cette partie, le plus singulier : bonds, une messagerie où chaque conversation entre amis a un compagnon IA appelé bondi, qui génère des applications et des jeux à l'intérieur même du chat.
Claire Martin: C'est un pari social autant que technique. L'idée : vous discutez avec vos amis, et à un moment l'IA propose un petit jeu, un sondage, une mini-app, dans le fil. Pour qui : les conversations de groupe qui cherchent des activités. La question ouverte : est-ce que c'est une fonctionnalité qu'on utilise ou un gadget qu'on désactive ?
Claire Martin: Un compagnon IA dans une conversation privée entre amis, ça pose aussi des questions de confort — mais le produit a le mérite d'avoir un concept clair et différencié, contrairement à beaucoup de wrappers.
Nicolas Moreau: Et tous ces services — la recherche, la vidéo, les apps, les agents de tâches — tournent sur quelque chose. Du matériel, donc. Et là, il y a une annonce qui mérite notre attention : Intel dévoile le GPU D270, une carte dédiée à l'inférence.
Claire Martin: Les chiffres : jusqu'à 480 gigaoctets de LPDDR5X, pas de HBM. Refroidissement par air, 350 watts. 1,5 tétaoctet par seconde de bande passante, et 1,3 pétaflops en FP8.
Nicolas Moreau: Et le choix le plus intéressant, c'est justement l'absence de HBM. La HBM, c'est la mémoire ultra-rapide et ultra-chère des GPU haut de gamme. Intel parie sur de la LPDDR5X — moins rapide à la minute, mais capable d'embarquer 480 gigaoctets. Pourquoi ça compte ? Parce que les gros modèles de langage, en inférence, ont besoin de tenir tout le modèle en mémoire.
Nicolas Moreau: Avec 480 gigaoctets, on peut faire tourner des modèles très volumineux sur une seule carte refroidie à l'air, dans un datacenter classique, sans refroidissement liquide.
Claire Martin: C'est un pari sur la capacité mémoire plutôt que sur la bande passante extrême. Pour qui : les acteurs qui veulent servir de gros modèles sans payer les infrastructures exotiques. La question ouverte : est-ce que 1,5 tétaoctet par seconde suffit pour les workloads d'inférence intensifs, là où la HBM offre plusieurs fois ça ? La réponse dépend des modèles et des batching. C'est un positionnement, pas une victoire annoncée.
Nicolas Moreau: Et en face de ces puces, il y a le robot. Asimov 1, de la société Menlo : un humanoïde open source d'un mètre vingt, vingt-cinq articulations, vendu en kit à vingt mille dollars, déjà expédié dans plus de vingt pays.
Claire Martin: Vingt mille dollars, pour un humanoïde, c'est une rupture — les humanoïdes de laboratoire se chiffrent traditionnellement en centaines de milliers. Et l'open source plus le fait qu'il soit déjà parti dans plus de vingt pays, ce sont des éléments concrets et vérifiables dans leur principe, pas juste une promesse. Mais soyons précis : un kit à assembler, ça suppose des compétences, et ce que le robot sait faire concrètement, ses capacités réelles de manipulation, le source ne le détaille pas.
Nicolas Moreau: On redescend maintenant vers votre bureau, littéralement. Deux outils macOS. D'abord Portlivo, à 8,99 dollars en achat unique : une app dans la barre de menu qui liste tous vos serveurs de développement locaux et tous les ports occupés, avec ouvrir, tuer, redémarrer et voir les logs en un clic.
Claire Martin: Petit, ciblé, et le prix en achat unique plutôt qu'en abonnement, c'est un choix de philosophie. Tout développeur web connaît le moment où un port est bloqué par un process fantôme et où il faut fouiller le terminal. Pour qui : le développeur qui jongle avec plusieurs projets en parallèle. C'est un utilitaire, pas une plateforme — et ça ne prétend pas être autre chose.
Nicolas Moreau: Ensuite xtty, un terminal macOS natif pensé pour le travail SSH. Connexion par lot sur plusieurs machines, remplissage automatique des mots de passe via le trousseau Keychain, support des transferts sz et rz, des onglets, et un affichage du statut des agents.
Claire Martin: Le détail du Keychain, c'est le bon point sécurité : le mot de passe est géré par le mécanisme natif d'Apple, pas stocké en clair dans un fichier de config. Et le statut des agents dans le terminal, c'est le fil rouge de notre émission qui rattrape votre quotidien : le développeur vit de plus en plus dans un terminal où tournent des agents, et les outils s'adaptent.
Claire Martin: Le support sz/rz, ça date des vieux protocoles de transfert série, donc xtty vise clairement les gens qui administrent du matériel ou des serveurs anciens, pas seulement du cloud moderne.
Nicolas Moreau: Et il y a une philosophie commune à cette partie infra et à la suivante : le local, le simple, le contrôle direct. Parce que face aux gros agents autonomes, il y a un contre-mouvement : des outils sans serveur, sans compte. Et ça commence par Tiny Little Office, de Paul Ford.
Claire Martin: Paul Ford, c'est une figure de la communauté tech, co-fondateur d'une entreprise de backend, connu pour ses écrits sur le logiciel. Son projet : dix applications où les documents vivent entièrement dans le hash de l'URL.
Nicolas Moreau: Expliquons, parce que c'est élégant. Le hash, c'est la partie après le dièse dans une adresse web. Tiny Little Office stocke le contenu du document dedans. Résultat : pas de comptes, pas de serveurs, pas de base de données. Votre document, c'est son URL. Vous la copiez, vous l'envoyez, c'est tout.
Claire Martin: Les limites sont évidentes : un hash d'URL a une taille maximale, donc pas de documents longs. Et n'importe qui avec le lien accède au contenu — pas de contrôle d'accès. Mais pour un brouillon rapide, une liste partagée en direct, une note à passer à un collègue, c'est un outil qui ne doit rien à personne. Open source, en plus. C'est un manifeste autant qu'un produit.
Nicolas Moreau: Et Hoistbay applique la même philosophie au cloud, ce qui est un joli paradoxe : une application de bureau open source sous licence MIT, gratuite, pour gérer du S3 et du CloudFront, avec des règles d'en-têtes automatiques, des téléchargements de dossiers complets, et l'invalidation de cache en un clic.
Claire Martin: Pour qui : le développeur ou la petite équipe qui déploie des sites statiques sur AWS et qui en a marre de passer par la console web, lente et hilare de clics. Les règles d'en-têtes automatiques, c'est le détail qui compte — les en-têtes de cache mal configurés, c'est la source classique des problèmes de déploiement. Et l'invalidation de cache en un clic, c'est ce qu'on fait dix fois par jour quand on déploie. Comme Tiny Little Office : open source, local, un problème précis, pas d'abonnement.
Nicolas Moreau: Ensuite, on bascule vers des IA qui servent directement des humains plutôt que des développeurs. reception : un chat de support client natif pour les applications iOS, avec une IA nourrie de votre documentation. Les clients posent leurs questions dans l'app, l'IA répond depuis vos docs, et le chat permet aussi de recueillir des avis et de présenter des offres. Côté équipe, vous recevez tout dans une boîte Telegram, et c'est 25 dollars par mois, prix fixe.
Claire Martin: Deux choix de design à souligner. Telegram comme boîte de réception, c'est atypique — pas de tableau de bord séparé à surveiller, vous recevez comme un message. Et le prix fixe à 25 dollars, alors que beaucoup de solutions de support facturent à la conversation ou au siège, ça rend le coût prévisible pour une petite app. La limite : une IA de support nourrie de docs est aussi bonne que la doc.
Claire Martin: Si votre documentation est mince, le chat va décevoir, et il faudra que le passage au Telegram humain soit fluide.
Nicolas Moreau: Et plus intime encore : Stella, une IA de bien-être émotionnel, accessible par voix sur iOS ou par iMessage. 9,99 dollars par mois, ou 59,99 dollars par an.
Claire Martin: Et ce qu'il faut absolument retenir, c'est ce que le produit dit de lui-même : explicitement pas une thérapie. C'est une précision honnête et importante. Ce type de compagnon conversationnel peut offrir une écoute disponible à toute heure, et la disponibilité par iMessage — donc sans app dédiée — abaisse encore la barrière. Mais les questions ouvertes sont sérieuses : comment sont traitées les données de conversations aussi intimes, et où est la limite quand quelqu'un va mal ?
Claire Martin: Un produit qui se définit comme non-thérapeutique attire l'attention sur ces frontières plutôt que de les cacher.
Nicolas Moreau: Et pour terminer, une histoire qui résume un peu tout ce qu'on a raconté. Un réseau social pour développeurs, appelé /dev/null, construit en direct, en 48 heures, par quatre personnes : Nuno Maduro, Brent Roose, Matthieu Napoli et Pauline Vos.
Claire Martin: 48 heures, en direct, du début à la fin. Connexion avec GitHub, open source, et détail savoureux : les pull requests de la communauté ont été fusionnées pendant le stream. Donc pas seulement un produit montré, mais sa construction montrée — y compris ses défauts, ses choix, ses compromis.
Nicolas Moreau: Et c'est pour ça que c'est une belle conclusion pour nous. Dans cette émission, on a vu des agents qui codent à quatre sur un bureau local, qui paient leurs outils tout seuls, qui améliorent leur propre harnais, qui reçoivent du feedback épinglé sur les prototypes, qui programment du matériel, qui dépensent quatre dollars pour mille recherches et trente secondes de vidéo générée.
Claire Martin: Et face à ça, des outils qui font le chemin inverse : un document qui vit dans une URL, un terminal où le mot de passe reste dans le trousseau Apple, un graphe de connaissances où chaque fait garde sa source, un agent de doc qui ne fusionne rien sans relecture humaine, un produit de bien-être qui refuse d'être une thérapie.
Nicolas Moreau: Le contrôle, en somme. Sur les outils comme sur les agents. C'est la ligne à retenir de ce brief. Merci de nous avoir écoutés, on est Claire Martin...
Claire Martin: ...et Nicolas Moreau. À demain pour une nouvelle édition.
Nicolas Moreau: Au revoir à tous.