
1012 | L'encoche, les agents IA et le reste : le tour des nouveautés
Show notes
Cette semaine : des utilitaires Mac qui transforment la encoche du MacBook en centre de contrôle, des agents IA qui coordonnent le travail, des outils pour développeurs et makers, l'IA au service de la carrière, des applis pour apprendre et s'entraîner, et un détour ludique au Japon.
Chronologie
- 00:00:04 Introduction
- 00:00:39 La encoche du Mac devient une zone utile
- 00:02:51 Des agents IA qui travaillent pour vous, mais sous contrôle
- 00:05:47 Outils pour développeurs et créateurs : terminal, tableur, capture
- 00:08:42 Makers : réussir un répertoire, pauser une plateforme
- 00:10:45 L'IA au service de la carrière et de la vente
- 00:13:58 Apprendre et s'entraîner avec l'IA locale
- 00:16:08 Plaisir et curiosité : clavier fou et cocktails
- 00:17:57 Conclusion
Liens connexes
- NotchPit
- Halo
- Ayven
- Agibot
- Automations in Perplexity Computer
- Ghost Core
- DevTerminal
- SimpleSpread
- OpenScreen 2
- NewMinecraftServers
- shippedit.me
- HireKey
- kōdlo
- Tori
- Pickle Sensei
- Gboard Kurukuru Version
- Kooler
- Poke Finder
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Transcript
Claire Martin: Bonjour à tous, bienvenue dans le podcast. Moi c'est Claire Martin.
Nicolas Moreau: Et moi Nicolas Moreau. Aujourd'hui, on va parler d'une journée assez représentative de ce qui se passe dans l'écosystème des applis et de l'intelligence artificielle : des petites applis malignes qui reprennent des espaces oubliés, des agents IA qu'on laisse travailler pour nous mais sous surveillance, des outils pour développeurs qui reviennent à l'achat unique, et beaucoup plus.
Claire Martin: Ce qui relie tout ça, c'est une question en fond : jusqu'où va-t-on confier des choses à des logiciels et à des modèles qui décident ou parlent à notre place ? Commençons par quelque chose de très concret, et un peu amusant : l'encoche du Mac.
Nicolas Moreau: Alors pour ceux qui ne connaissent pas, l'encoche, c'est cette découpe noire en haut de l'écran des MacBooks récents, celle qui contient la caméra. Pour beaucoup, c'est de l'espace perdu. Et deux applications sont parties à la conquête de cet espace.
Claire Martin: La première s'appelle NotchPit. L'idée : transformer l'encoche en véritable centre de contrôle. Vous y retrouvez le contrôle de la musique avec les paroles affichées, des horaires de prière, et surtout un système d'extensions : soixante-quatre extensions au compteur. C'est vaste.
Nicolas Moreau: Soixante-quatre, oui. C'est le côté plate-forme de l'affaire. On ne vous vend pas juste un gadget, on vous vend un endroit où vous mettrez ce que vous voulez. Et côté prix, NotchPit fait un choix assumé : un achat unique à vie. Pas d'abonnement.
Claire Martin: Ce qui est intéressant, c'est ce que ça dit du marché. De plus en plus d'utilitaires Mac reviennent à l'achat unique, précisément parce que les utilisateurs sont fatigués des abonnements pour des outils simples. On y reviendra, parce que ce débat revient plusieurs fois aujourd'hui.
Nicolas Moreau: La deuxième appli est Halo 2.0, et elle prend l'approche inverse, presque ironique. Au lieu de faire un centre de contrôle, elle imite... l'iPhone. Elle transforme l'encoche en Dynamic Island, comme sur les téléphones d'Apple.
Claire Martin: Concrètement, qu'est-ce que ça donne ? Vous avez les notifications qui s'affichent dans l'encoche, la dictée activable avec la touche Fn, et une fonction plus originale : un agent-compagnon, qui est capable de dialoguer avec Claude Code ou Codex. Donc, pendant que vous travaillez, vous avez cet assistant qui vit dans l'encoche et peut interagir avec vos outils de développement IA.
Nicolas Moreau: Et là, la transition se fait toute seule, parce que Halo 2.0 coûte 9,99 dollars, une fois, donc toujours ce modèle d'achat unique. Entre une appli qui transforme l'encoche en tableau de bord à extensions et une appli qui en fait une île dynamique avec un agent, on a deux visions assez différentes du même morceau d'écran.
Claire Martin: Ce que je retiens, c'est que l'encoche est devenue un espace que les développeurs tiers estiment pouvoir occuper, alors qu'Apple lui-même n'en fait rien de particulier. La vraie question, c'est comment Apple réagira. Est-ce qu'un jour l'entreprise intégrera nativement ce genre de fonctionnalités, ce qui tuerait ces applis, ou est-ce qu'elle laisse ce créneau aux développeurs indépendants ?
Nicolas Moreau: Et l'autre question ouverte, c'est la cohabitation : est-ce qu'un utilisateur a vraiment besoin de deux applis se disputant le même espace pixel par pixel ? Probablement pas. Une des deux devra se démarquer autrement que par la position à l'écran. NotchPit mise sur la profondeur avec ses extensions, Halo sur la familiarité du geste iPhone et sur l'agent IA.
Claire Martin: Et justement, parlons de cet agent. Parce que Halo nous ouvre la porte vers le grand sujet du jour : des agents IA qui travaillent pour vous, mais sous contrôle. Et c'est un thème qui traverse trois produits assez différents.
Nicolas Moreau: Commençons par Ayven, qui s'attaque à un problème que beaucoup connaissent : le suivi des tâches dans Slack ou Teams. Le problème classique, c'est qu'on se met d'accord dans une conversation, et deux semaines plus tard, plus personne ne sait qui devait faire quoi.
Claire Martin: Ayven se pose en coordinateur IA. Il suit des tâches sur plusieurs semaines, il va jusqu'à demander directement aux responsables où elles en sont. Et le détail qui compte : il ne déplace rien sans validation. Donc si Ayven veut réassigner une tâche ou la repousser, il demande la permission d'abord.
Nicolas Moreau: C'est un design important. Ce n'est pas un agent autonome qui réorganise votre équipe pendant que vous dormez. C'est un agent qui fait le travail ingrat du suivi, du rappel, de la relance, mais garde l'humain au sommet de la chaîne de décision.
Claire Martin: Deuxième produit du même thème : Agibot, un agent pour Mac, cette fois, qui est toujours actif. Il tourne en arrière-plan en permanence. Et avant toute action risquée, il demande. C'est le même principe de garde-fou.
Nicolas Moreau: Et le modèle économique d'Agibot est intéressant : il est gratuit de façon permanente, mais vous devez utiliser votre propre clé API. Donc vous payez le modèle à l'usage, directement chez le fournisseur du modèle, pas à Agibot. Ça rend le produit gratuit en apparence, mais pas gratuit à l'usage réel.
Claire Martin: C'est un modèle qu'on voit de plus en plus, et il a ses limites d'ailleurs : il suppose que l'utilisateur sait ce qu'est une clé API, sait où la trouver, comprend qu'il paiera des requêtes. Ce n'est pas un modèle grand public. Mais pour la cible de ce produit, ça fonctionne.
Nicolas Moreau: Troisième acteur, et celui-là vient d'un grand nom : Perplexity lance des automatisations d'agents de longue durée. Le principe : vous configurez un agent qui tourne selon un calendrier ou des déclencheurs, donc à heure fixe ou quand un événement se produit. Et surtout, il se souvient de ses exécutions passées.
Claire Martin: C'est ça le détail qui fait la différence. Un cron job classique qui envoie un rapport chaque lundi, il part de zéro à chaque fois. Un agent qui se souvient de ses exécutions précédentes peut dire : la semaine dernière, j'ai trouvé ceci, donc cette semaine je creuse autre chose. C'est une mémoire accumulée, pas une répétition. Perplexity positionne ça explicitement comme remplaçant des tâches planifiées.
Nicolas Moreau: Quand on met les trois côte à côte, on voit le même dessin : des agents plus autonomes qu'avant, capables de travailler sur la durée, des semaines pour Ayven, en continu pour Agibot, sur des cycles programmés pour Perplexity. Mais tous avec un mécanisme de contrôle humain, de validation, de demande de permission.
Claire Martin: Et ce qu'il faudra surveiller, c'est la confiance des utilisateurs. Parce que le bénéfice d'un agent qui agit seul est proportionnel à la liberté qu'on lui accorde. Si tout doit être validé manuellement, l'agent apporte moins. Si on laisse trop de liberté, on prend le risque de l'erreur non détectée. Tout l'enjeu de ces produits, c'est de trouver le bon curseur, et rien ne dit qu'ils l'ont tous trouvé du premier coup.
Nicolas Moreau: Une autre dimension de ce sujet, c'est le support de Ghost Core, qu'on va garder pour plus tard, mais qui rejoint la même question de confiance : une machine qui tourne des modèles entièrement en local, justement pour ne pas dépendre d'un service distant. On y revient.
Claire Martin: Restons pour l'instant sur le Mac et passons aux outils pour développeurs et créateurs. Trois produits là aussi, et un fil conducteur : des outils qui font moins de choses, mais les font bien.
Nicolas Moreau: Le premier, DevTerminal : un terminal pour macOS avec une touche Exécuter par projet. Que vous soyez sur Android, iOS, du web ou du backend, l'application reconnaît automatiquement les stacks connus, et vous avez un bouton pour lancer le projet. Prix : 39 dollars, une fois.
Claire Martin: Ce qui est bien pensé, c'est la détection automatique. Le friction classique avec un terminal, ce n'est pas le terminal lui-même, c'est de se souvenir de la commande exacte, des variables, de l'ordre des opérations pour chaque projet. Si l'outil reconnaît que c'est un projet web ou un backend et configure le lancement tout seul, ça élimine cette friction.
Nicolas Moreau: Deuxième produit : SimpleSpread. Et là, on a quelque chose de rare : une tableur natif pour Mac, écrit en Swift, open source sous licence MIT, et gratuit. Il gère nativement le format XLSX, il embarque 156 fonctions, et il est conçu pour être sécurisé contre l'injection CSV.
Claire Martin: L'injection CSV, pour les auditeurs qui ne connaissent pas, c'est une attaque où un fichier tableur piégé exécute du code quand vous l'ouvrez, parce qu'une cellule commence par un caractère spécial interprété comme une formule. C'est un vrai risque de sécurité, souvent négligé. Qu'un tableur le traite explicitement, c'est un signal de sérieux.
Nicolas Moreau: Et le fait que ce soit MIT open source change la donne : n'importe qui peut inspecter le code, le compiler, le modifier. Pour une appli gratuite, il n'y a pas de modèle commercial apparent, ce qui soulève une question : comment ça vit dans le temps ? Le coût d'un tableur, ce n'est pas la première version, c'est la maintenance.
Claire Martin: Troisième produit : OpenScreen 2. Et celui-là, c'est pour tous ceux qui font des tutoriels, des démos, des vidéos produit. C'est un enregistreur et éditeur d'écran, gratuit, sous licence MIT, disponible sur Windows, Mac et Linux, sans filigrane.
Nicolas Moreau: Les fonctionnalités qui sortent du lot : les auto-zooms, qui zooment automatiquement sur la zone où se passe l'action, c'est ce qui donne cet effet professionnel aux démos sans montage manuel. Et surtout, le montage par transcription : vous coupez la vidéo en éditant le texte transcrit. Si vous coupez une phrase dans le texte, la vidéo correspondante disparaît.
Claire Martin: Et il y a une couche agent : OpenScreen 2 supporte l'édition par agent via MCP. Donc vous pouvez, en théorie, demander à un agent de faire les coupes pour vous. C'est une direction de produit intéressante, on verra si ça tient en usage réel.
Nicolas Moreau: Ce qui relie DevTerminal, SimpleSpread et OpenScreen 2, c'est qu'ils sont tous à l'achat unique ou gratuits, tous natifs ou open source, tous opposés au modèle de l'abonnement. Et ça pose une vraie question : est-ce que l'achat unique est un modèle viable pour un outil logiciel, quand on sait qu'un abonnement finance la maintenance continue ? NotchPit et Halo aussi, d'ailleurs, on l'a dit. C'est peut-être le fait le plus structurant de cette journée : une contre-offensive du paiement à l'acte.
Claire Martin: C'est possible. Et il y a une nuance : pour ces outils, la cible est souvent technique ou averse aux abonnements, donc le choix du modèle peut être autant un choix de positionnement qu'un choix économique. Mais ce qu'on ne sait pas, et c'est le point honnête à faire, c'est si ces applis survivront cinq ans avec ce modèle. Ce sera le test réel.
Nicolas Moreau: Et ce test, certains makers le connaissent douloureusement. Passons justement à l'écosystème maker, avec deux histoires très opposées.
Claire Martin: La première, c'est une réussite : NewMinecraftServers. C'est un répertoire qui référence plus de 10 700 serveurs Minecraft, 10 763 pour être précis. Et le côté malin, c'est le modèle : les propriétaires de serveurs ont accès à des analyses. Combien de parties ont été lancées depuis la fiche, combien de clics, et même un suivi des copies, c'est-à-dire quand quelqu'un copie l'adresse du serveur pour s'y connecter.
Nicolas Moreau: Ce suivi des copies, c'est une mesure d'intention assez fine. Un clic, ça peut être un accident. Copier l'IP, ça veut dire que la personne se prépare à se connecter. C'est exactement le type de donnée qu'un propriétaire de serveur veut voir pour évaluer si le référencement fonctionne.
Claire Martin: Et ce qui est remarquable, c'est que c'est un modèle de communauté qui devient rentable. On ne parle pas d'une startup avec des levées de fonds, on parle d'un répertoire spécialisé qui apporte de la valeur aux deux côtés : les joueurs trouvent des serveurs, les propriétaires voient leurs statistiques. C'est une niche, mais c'est une niche qui paie.
Nicolas Moreau: En face, l'autre histoire : shippedit.me. C'est une plateforme de lancement de produits, dans l'esprit de ce genre de sites où les makers viennent présenter leurs nouveautés. Et le fondateur vient d'annoncer qu'il mettait son propre produit en pause, à cause d'une conversion trop faible, et qu'il prévoit de repositionner le projet.
Claire Martin: C'est un acte de transparence assez rare, en fait. Le récit habituel du maker, c'est la courbe ascendante, les chiffres qui montent. Là, on a quelqu'un qui dit publiquement : ça ne convertit pas, je m'arrête et je repense.
Nicolas Moreau: Et il y a un contraste presque poétique entre les deux : d'un côté un répertoire qui dure, avec un modèle simple et utile, de l'autre une plateforme de lancement qui a du mal à convertir et qui se remet en question. La leçon, si on peut en tirer une, c'est que le répertoire niche avec un besoin clair — trouver un serveur, voir ses stats — convertit mieux qu'une plateforme dont la proposition de valeur est plus diffuse.
Claire Martin: Et il y a une ironie supplémentaire : shippedit.me est une plateforme pour lancer des produits, et c'est son propre lancement qui échoue. On ne connaît pas les chiffres de conversion, on ne sait pas ce que sera le repositionnement, mais le fait que le fondateur en parle ouvertement, c'est déjà une information en soi.
Nicolas Moreau: Puisqu'on parle de ce qui échoue et de ce qui fonctionne, restons dans le professionnel : passons à l'IA au service de la carrière et de la vente. Trois produits, encore.
Claire Martin: Le premier s'appelle HireKey, et il s'attaque à la recherche d'emploi. L'argument différenciant : l'équipe revendique une expérience de recruteurs passés par Microsoft, Amazon et Stripe. Attention, c'est une revendication des makers, pas quelque chose qu'on a vérifié. Mais l'idée, c'est de transposer le point de vue du recruteur dans un outil pour candidat.
Nicolas Moreau: Concrètement, trois briques. Un évaluation du fit des rôles : est-ce que ce poste vous correspond vraiment ? Un ajustement du CV, donc le curriculum adapté à l'offre. Et un coach d'entretien vocal IA, donc vous vous entraînez à l'oral, avec un interlocuteur artificiel qui vous donne du retour.
Claire Martin: Ce qui est intéressant, c'est que chaque brique correspond à une étape réelle du processus d'embauche : le tri des offres, la candidature, l'entretien. Ce n'est pas un outil qui fait une chose, c'est un parcours. La vraie question, c'est la qualité du retour : un coach d'entretien IA, soit il vous dit des généralités, soit il arrive à pointer ce que vous faites mal. C'est là que l'expérience de recruteur revendiquée ferait la différence, si elle est réelle.
Nicolas Moreau: Deuxième produit : kōdlo, un espace de travail commercial, donc orienté vente, avec de l'IA et un point original : une mémoire partagée. C'est un workspace pour équipes de vente, pas juste un assistant individuel.
Claire Martin: Les fonctionnalités annoncées : la recherche de leads avec des signaux sourcés, donc chaque signal qui indique qu'un prospect pourrait être intéressé est appuyé par une preuve, pas une intuition du modèle. Ensuite de la recherche approfondie, du deep research. Et la génération de présentations, de decks, à partir de vos propres documents, pas à partir de rien.
Nicolas Moreau: Ce dernier point est important, parce que générer un deck générique avec l'IA, ça se voit tout de suite. Générer un deck à partir de la documentation et des matériels de l'entreprise, ça donne quelque chose de défendable en rendez-vous client. Et la mémoire partagée, ça veut dire que toute l'équipe de vente accumule un contexte commun, ce qui est le vrai actif d'une équipe commerciale.
Claire Martin: Et le troisième produit de ce thème, on l'a teasé tout à l'heure : Ghost Core. Un PC à 3 499 dollars, avec une carte RTX PRO 4000, et l'argument central : les modèles tournent complètement en local. Rien ne part dans le cloud.
Nicolas Moreau: Et il y a une fonction qui justifie le prix au-delà du matériel : la machine construit continuellement du contexte à partir de vos applications, de vos fichiers, et même de vos objets connectés, vos wearables. Donc c'est une IA personnelle qui accumule une connaissance de votre vie et de votre travail, mais sur une machine que vous possédez, pas sur les serveurs d'un tiers.
Claire Martin: Ghost Core est en quelque sorte la réponse matérielle à la question qu'on posait au début avec les agents : où se trouvent mes données quand une IA travaille pour moi ? Perplexity, Ayven, tout ça repose sur des services distants. Ghost Core dit : et si tout restait chez vous, contre 3 499 dollars ?
Nicolas Moreau: La limite évidente, c'est le prix. 3 499 dollars, ça place le produit hors de portée du grand public, pour une clientèle qui a vraiment des raisons de vouloir du local, soit par confidentialité, soit par contrôle. Et on ne sait pas, à ce stade, comment la qualité de ces modèles locaux se compare à celle des services en ligne.
Claire Martin: Le point commun de HireKey, kōdlo et Ghost Core, c'est que l'IA cesse d'être un gadget et s'immisce dans le quotidien professionnel : chercher un travail, vendre, travailler. Et dans les trois cas, il y a une promesse de personnalisation : votre CV, vos documents, votre contexte.
Nicolas Moreau: Et cette personnalisation, on la retrouve sous une autre forme dans notre thème suivant : l'apprentissage et l'entraînement avec l'IA locale. Deux produits, deux domaines très différents, mais la même logique technique.
Claire Martin: Le premier, Tori, c'est pour l'apprentissage du japonais, et précisément la compréhension orale. Ce qui est original, c'est que l'entraînement se fait à partir de vos propres phrases. Vous n'écoutez pas des dialogues génériques de manuel, vous vous entraînez sur ce que vous voulez être capable de comprendre.
Nicolas Moreau: Le kit comprend quatre modes d'écoute, des cartes à répétition espacée, le SRS donc, cette technique où les cartes reviennent à intervalles calculés juste avant que vous les oubliiez, et des histoires générées par IA. Et l'IA sur l'appareil est optionnelle : vous pouvez choisir de faire tourner le traitement localement ou pas.
Claire Martin: Le second produit, Pickle Sensei, c'est un coach de pickleball sur iPhone. Le pickleball, pour ceux qui ne connaissent pas, c'est ce sport de raquette en plein essor, mélange de tennis, badminton et ping-pong. L'application est destinée à l'entraînement en solo, ce qui est le point faible de ce sport : on peut toujours frapper la balle seul, mais corriger sa technique sans coach, c'est difficile.
Nicolas Moreau: La solution technique : un suivi de pose sur l'appareil, donc l'iPhone analyse votre position et vos mouvements via la caméra, sans que la vidéo quitte le téléphone. C'est le même argument de confidentialité que Tori, et que Ghost Core d'ailleurs : le traitement local comme garantie que vos données restent chez vous.
Claire Martin: Et côté prix, Pickle Sensei propose une formule Pro à partir de 7,99 dollars par mois. Donc ici, retour à l'abonnement, alors qu'on vient de passer une demi-heure à parler d'achat unique. Ce qui montre que le débat n'est pas tranché : pour un coach sportif, une relation continue, l'abonnement se défend.
Nicolas Moreau: Ce qui est commun aux deux, c'est que l'IA locale n'est pas là pour être à la mode, elle résout un problème précis : pour la vidéo de votre corps en mouvement ou pour vos phrases d'apprentissage personnelles, personne ne veut envoyer ça dans le cloud. Et ça permet des cas d'usage qu'on ne ferait pas autrement : se filmer en train de jouer au pickleball et le savoir confidentiel, ça change l'adoption.
Claire Martin: Reste une contrainte à mentionner honnêtement : la qualité du suivi de pose sur un simple iPhone en conditions réelles, en plein air, en mouvement rapide, c'est quelque chose qu'on ne peut pas affirmer sur la base des descriptions. C'est le genre de promesse qu'il faut tester.
Nicolas Moreau: Et puisqu'on a fait le sérieux, terminons sur une note de plaisir et de curiosité, avec deux choses qui n'ont aucune utilité urgente mais qui font sourire.
Claire Martin: La première : Gboard Kurukuru. C'est Google Japon, et c'est leur quinzième expérience de clavier. Vous connaissez le principe : ils sortent régulièrement des concepts de clavier fous, juste pour explorer. Là, le concept, c'est un tapis roulant de touches. 116 touches qui défilent comme sur un convoyeur, pensé pour l'usage à une main.
Nicolas Moreau: 116 touches sur un tapis roulant, donc vous laissez défiler et vous tapez quand la bonne touche passe. C'est absurde, c'est charmant, et c'est exactement l'esprit de ces expériences : Google Japon ne commercialise pas ça, et le code est open source. C'est de la pure exploration, sans business plan.
Claire Martin: Et pour rester dans le ludique, la deuxième : Kooler, une application de cocktails. Gratuite, sans publicité, sans paywall, donc sans modèle économique apparent, ce qui est presque rare en soi.
Nicolas Moreau: Ce qui est bien pensé, c'est la fonction My Bar : vous y enregistrez ce que vous avez dans votre stock, et l'application vous indique quels cocktails vous pouvez faire avec ça. Fini le scénario où vous choisissez une recette et il vous manque un ingrédient au milieu. L'appli contient plus de 100 recettes, avec des classiques brésiliens en plus, ce qui est une touche assez originale, la caipirinha et sa famille ne sont pas toujours bien représentées.
Claire Martin: Et on mentionne aussi Poke Finder, une extension navigateur qui transforme la navigation en chasse aux Pokémon : quand vous surfez, vous pouvez attraper des Pokémon. 1 025 espèces, couvrant les 9 générations, et la collection est stockée localement dans votre navigateur. C'est le même esprit que Gboard Kurukuru : prendre une activité banale et y glisser un petit jeu.
Nicolas Moreau: Et ça, d'ailleurs, ça nous ramène au fil de la journée : NotchPit avec ses 64 extensions, Kurukuru avec son tapis roulant, Kooler avec son My Bar, ce sont toutes des applis qui existent parce que quelqu'un a remarqué un détail de la vie quotidienne, un espace vide, un geste, un placard de bouteilles, et a décidé d'en faire quelque chose.
Claire Martin: Voilà pour ce tour d'horizon. Ce qu'on retiendra, si on devait résumer : les agents IA arrivent dans des formats très variés, mais tous avec un garde-fou humain ; l'achat unique revient en force contre l'abonnement ; et le traitement local de l'IA devient un argument de vente réel, de la machine à 3 499 dollars jusqu'au coach sportif sur iPhone.
Nicolas Moreau: Et bien sûr, des questions qui restent ouvertes : comment Apple réagira sur l'encoche, si les modèles d'achat unique tiennent dans la durée, et quelle confiance les utilisateurs accorderont à ces agents. Merci d'avoir été avec nous.
Claire Martin: À bientôt pour la prochaine édition.