1003 | IA, harnais et TPU en orbite

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Au programme : comment les agents IA redessinent le logiciel et les modèles économiques, Apple qui verrouille la vie privée face aux agents autonomes, l'IA locale qui gagne du terrain du Mac au Raspberry Pi, les moteurs open source et les langages de développement qui suivent, Google qui met des TPU en orbite, une IA qui domine le Stratego, et un tour culturel des exoplanètes aux musées de l'informatique.

Chronologie

  • 00:00:04 Introduction
  • 00:00:34 Agents IA : le SaaS devient un harnais
  • 00:04:07 Vie privée face aux agents autonomes
  • 00:05:21 L'IA open source s'installe dans le quotidien
  • 00:06:24 Inférence locale et IA qui lit vos cartes
  • 00:08:23 TPU dans l'espace
  • 00:09:19 Outils du développeur : Zig et blogs typés
  • 00:11:08 Exoplanètes, musées et von Neumann
  • 00:12:50 Muséographie et regard sur les statuts
  • 00:14:53 Conclusion

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Transcript

Claire Martin: Bonjour et bienvenue dans le podcast, je suis Claire Martin.

Nicolas Moreau: Et moi Nicolas Moreau. Alors Claire, si on devait trouver un fil rouge pour tout ce qui s'est passé ces dernières vingt-quatre heures, ce serait peut-être ça : l'IA qui s'installe partout — dans les entreprises, dans le système d'exploitation, dans nos objets, dans l'espace même.

Claire Martin: Oui, et en face, une espèce de contrepoint artisanal : des développeurs qui construisent leurs propres outils, des musées qui racontent l'histoire de l'informatique à leur manière. On va commencer par la question qui a le plus fait débat, à mon avis : que devient le SaaS quand les modèles d'IA prennent le pouvoir ?

Nicolas Moreau: Alors l'argument de départ vient de Shrivu Shankar, et il est assez radical. Il dit que toute entreprise SaaS finira par devenir un « harnais » autour d'un modèle d'IA.

Claire Martin: Un harnais, c'est-à-dire quoi exactement, Nicolas ?

Nicolas Moreau: L'idée, c'est que la valeur ne serait plus dans le logiciel lui-même, mais dans tout ce qui l'entoure et le connecte au modèle : l'intégration, les permissions, les données, l'interface. Le SaaS devient littéralement la sangle qui attache le cheval — ici, le modèle — à ce que le client veut faire. Et son point le plus fort, c'est la conclusion qu'il en tire : ce harnais, c'est le cœur de la compétitivité, donc il ne faut surtout pas l'externaliser.

Claire Martin: C'est là que les commentaires devenaient intéressants, parce que ça soulève une vraie tension. D'un côté, tout l'écosystème pousse les entreprises à consommer de l'IA as a service, des API, des plateformes. De l'autre, Shankar dit : attention, si ton avantage concurrentiel réside dans la couche qui orchestre le modèle, tu ne peux pas la déléguer.

Nicolas Moreau: Et tu vois pourquoi ce débat a de la jambe. Parce que ça rejoint une vieille question de l'industrie : qu'est-ce qui est commoditisable ? Si le modèle devient une commodité — et les modèles se ressemblent de plus en plus, surtout côté open source — alors ce qui reste de différenciant, c'est justement le harnais.

Claire Martin: Et il y a un exemple concret qui illustre exactement ça, qui est tombé en même temps : l'acquisition de Turso par Supabase.

Nicolas Moreau: Raconte-nous ça, parce que c'est un rachat qui n'a rien d'anodin.

Claire Martin: Alors Supabase rachète Turso, et le positionnement annoncé, c'est l'infrastructure de bases de données pour agents. Ce qui est frappant, c'est que les deux projets gardent leur axe respectif : Supabase reste sur Postgres, Turso reste sur SQLite. Donc ce n'est pas une fusion de technologies, c'est plutôt un rapprochement stratégique autour de ce que les agents IA vont avoir besoin en dessous.

Nicolas Moreau: Et ça, ça rejoint directement la thèse du harnais. Si les agents ont besoin d'un socle de données, celui qui contrôle ce socle contrôle une partie du harnais. Les outils qui hébergent les agents deviennent stratégiques — au même titre que, il y a dix ans, héberger l'application devenait stratégique.

Claire Martin: Et dans les réactions, on retrouvait les deux camps classiques. D'un côté ceux qui disaient : oui, c'est le début d'une vague, on va voir d'autres rachats d'infrastructure « pour agents », c'est un positionnement qui va se multiplier. De l'autre, les sceptiques qui demandaient ce qui distingue vraiment une base de données « pour agents » d'une base de données tout court.

Nicolas Moreau: C'est une bonne question, d'ailleurs, et elle reste ouverte. Est-ce que l'agent a des besoins réellement différents — du provisioning éphémère, des permissions granulaires, de la mémoire à long terme — ou est-ce du marketing ?

Claire Martin: Ce qu'on peut dire de factuel, c'est que Postgres et SQLite restent les axes des deux projets, donc personne ne réinvente la roue. Ce qui change, c'est le client visé : au lieu d'être une application humaine, c'est un agent qui interroge, écrit, itère. Et il y a une donnée intéressante qui donne une idée de l'échelle que ça peut prendre : Wagtail.

Nicolas Moreau: Wagtail, c'est l'exemple du codage agentique à grande échelle, non ?

Claire Martin: Exactement. En un mois, Wagtail a consommé deux milliards de tokens sur GLM 5.3 Flash. Deux milliards. Et le point mis en avant, c'est que le coût et l'usage sont restés maîtrisés.

Nicolas Moreau: Deux milliards de tokens en un mois, à coût maîtrisé, ça veut dire quoi concrètement pour toi, Claire ?

Claire Martin: Ça veut dire que le scénario « on branche un agent sur sa codebase et on le laisse travailler » n'est plus une démo, c'est une pratique en production, avec une facture qu'on peut tenir. GLM 5.3 Flash est un modèle pas cher, et c'est précisément ça qui rend l'exercice viable : l'agentique économique. Les deux histoires se répondent — Shankar dit que le harnais est stratégique, et Wagtail montre qu'un harnais peut tourner en continu sans exploser le budget.

Nicolas Moreau: Et on peut noter ce qu'on ne sait pas encore : est-ce que ce genre de volume sur un modèle économique tient sur des tâches plus dures ? C'est une question qui restait ouverte. Mais bon, c'est le moment de pivoter, parce que si les agents travaillent tout seuls sur nos machines, il y a un corollaire immédiat : ils ont accès à nos données.

Claire Martin: Et c'est exactement le sujet Apple. Apple a durci l'accès disque complet sur macOS, avec des contrôles additionnels. Et la motivation qui est donnée, c'est explicitement les risques croissants des agents IA autonomes pour la vie privée.

Nicolas Moreau: C'est remarquable, en fait, parce qu'on ne parle pas d'un nouveau type de malware. Le logiciel en question n'est pas forcément malveillant — c'est un agent qui agit seul, qui a des permissions larges, et qui peut lire le disque entier.

Claire Martin: Oui, et ça change le cadre de la sécurité. Historiquement, on protège l'utilisateur contre des programmes qu'il a choisis d'installer. Là, la question devient : comment protéger les données quand le logiciel agit de sa propre initiative ? Apple répond de façon systémique : au niveau du système d'exploitation, en resserrant l'accès disque complet.

Nicolas Moreau: Et la discussion côté développeurs, c'était essentiellement : qui va payer le prix de ça ?

Claire Martin: Les outils d'accès disque, justement. Les développeurs de ces outils devront s'adapter aux nouveaux contrôles, et on ignore encore sous quelle forme — des demandes de permission plus fines, de nouvelles API, des processus de validation. C'est une des choses à suivre, parce que tout l'écosystème des outils qui fouillent le disque — sauvegarde, indexation, recherche — va devoir composer avec ça.

Nicolas Moreau: Et il y a un contraste amusant, là. D'un côté, Apple ferme des portes pour protéger la vie privée face aux agents. De l'autre, Meta ouvre des portes pour connecter l'IA au monde physique.

Claire Martin: Parfaitement. Meta lance Muse Gadgets, et c'est du matériel open source — basé sur de l'ESP32, du Raspberry Pi, des composants accessibles à tout le monde — pour connecter l'IA Muse à des écrans, des capteurs, et des objets du quotidien.

Nicolas Moreau: Autrement dit, l'IA sort de l'écran. Jusqu'ici, l'agent vit dans une fenêtre de navigateur. Muse Gadgets, c'est la proposition pour lui donner des mains et des yeux : des capteurs pour percevoir, des écrans et des objets pour agir.

Claire Martin: Et le choix de l'open source sur du matériel grand public, c'est un signal fort. En misant sur ESP32 et Raspberry Pi, Meta abaisse la barrière d'entrée : n'importe qui peut bricoler un gadget connecté à Muse. Le parallèle avec le sujet précédent est presque parfait : Apple limite ce que les agents peuvent toucher sur ta machine, Meta fournit du matériel dédié pour que les agents touchent autre chose — des objets, pas tes fichiers.

Nicolas Moreau: La question qui reste, c'est l'adoption réelle. On a un kit open source, mais est-ce que les gens vont construire des choses avec ? Et ça se combinera avec l'autre tendance de fond qu'on évoquait : si les coûts de tokens continuent de baisser, un objet physique connecté à un modèle devient économiquement soutenable.

Claire Martin: Et ça nous mène tout droit au sujet suivant : faire tourner de gros modèles, mais chez soi. Il y a deux histoires qui se répondent là-dessus.

Nicolas Moreau: La première, c'est antirez — le créateur de Redis — qui publie DwarfStar 4.

Claire Martin: C'est un moteur d'inférence écrit en C, qui permet de faire tourner en local DeepSeek V4, GLM 5.x et Qwen3.8 — donc des modèles de pointe — sur Metal, CUDA et ROCm. Autrement dit sur les GPU d'Apple, de NVIDIA et d'AMD.

Nicolas Moreau: Trois backends, ça veut dire une vraie portabilité, pas une solution enfermée dans un écosystème. Et le fait que ce soit du C, écrit par antirez, c'est tout l'esprit artisanal dont on reparlera tout à l'heure : un outil restreint, maîtrisé, sans dépendances superflues.

Claire Martin: Et la deuxième histoire est presque un contrepoint amusant : pendant que antirez fait tourner des modèles sur du matériel grand public, une équipe académique fait une prouesse avec du matériel de recherche. L'équipe Ataraxos — qui vient de CMU, MIT, NYU et Stanford — a battu le meilleur joueur de Stratego sur un score de 15 à 1, avec 16 GPU.

Nicolas Moreau: Stratego, rappelle le contexte, parce que c'est un jeu important pour ce résultat.

Claire Martin: Stratego, c'est un jeu de plateau où les pièces sont cachées : ton adversaire ne voit pas ce que sont tes pièces. Donc ce n'est pas un problème de perfect information comme les échecs ou le go, c'est un problème d'information cachée — ce qui est beaucoup plus proche du monde réel, où on ne voit jamais tout.

Nicolas Moreau: Et c'est là que la prouesse technique devient vraiment intéressante : ils ont utilisé un second réseau qui devine les pièces cachées.

Claire Martin: Oui. Donc en gros, un réseau joue, et un autre réseau modélise ce que l'adversaire cache. Un 15-1 contre le meilleur joueur humain sur un jeu d'information incomplète, c'est le même type de saut que ce qui s'était passé pour le go, mais sur une classe de problèmes différents.

Nicolas Moreau: Et si on synthétise ces deux histoires ensemble, on a deux signaux : l'IA de pointe devient accessible — antirez la fait tourner en local — et elle devient spécialisée — Ataraxos cible un problème précis avec une architecture sur mesure. L'application de la lecture d'informations cachées à d'autres domaines, négociation, cybersécurité, santé, reste une question ouverte, mais c'est une piste évidente.

Claire Martin: Et l'infrastructure IA monte encore plus haut que le local, puisqu'on en arrive à l'espace.

Nicolas Moreau: Project Suncatcher de Google. De quoi s'agit-il ?

Claire Martin: L'idée, c'est de mettre des TPU dans l'espace — les puces d'entraînement de Google. Et concrètement, le satellite prototype du projet est désormais en orbite : il a été lancé via Transporter-18, la mission de covoiturage de SpaceX, et le contact a été confirmé.

Nicolas Moreau: C'est un prototype, donc pas grand-chose en soi, mais symboliquement c'est un premier pas vers le calcul orbital à grande échelle.

Claire Martin: Oui, et il faut rester prudent sur ce que ça implique. Les inconnues sont énormes : la durabilité du matériel en orbite — les TPU vont-ils survivre aux radiations, aux cycles thermiques ? La rentabilité — envoyer du calcul dans l'espace, est-ce que ça vaut le coût de lancement ? Et la montée en charge — passer d'un satellite prototype à une flotte, c'est un autre monde.

Nicolas Moreau: Ce qu'on peut dire, c'est que le contact est confirmé, donc la première étape technique est passée. Mais entre un prototype en orbite et une constellation de calcul, il y a des années d'incertitudes.

Claire Martin: Revenons sur Terre, et même sur nos machines, avec les outils du développeur. Il y a deux sorties qui illustrent une même philosophie.

Nicolas Moreau: La grosse nouvelle, c'est Zig 0.17.0.

Claire Martin: Alors Zig, c'est un langage de programmation en devenir, et cette version représente cinq mois de travail : 206 contributeurs, 925 commits. Les deux grosses pièces, c'est un build system retravaillé, et la compilation incrémentale ELF pour x86_64-linux.

Nicolas Moreau: La compilation incrémentale, pour un développeur, ça veut dire quoi ?

Claire Martin: Ça veut dire que quand tu modifies ton code, le compilateur ne recompile pas tout, seulement ce qui a changé. Pour les gros projets, ça change complètement le rythme de travail. Et le build system retravaillé, c'est important parce que dans Zig, la construction du projet fait partie du langage, c'est une décision d'architecture forte.

Nicolas Moreau: Et l'autre histoire, c'est un billet de blog qui a moins de puces, mais qui représente le même état d'esprit : du blogging avec Gleam, Org-mode et Pandoc.

Claire Martin: Oui, le pipeline est joli : la personne rédige dans Emacs avec Org-mode, convertit ensuite via Pandoc, et derrière il y a un pipeline typé statiquement avec Blogatto et Nix.

Nicolas Moreau: Ce qui est amusant, c'est que c'est une usine à gaz pour écrire des posts — enfin, non, justement, c'est l'inverse : c'est une chaîne sobre mais rigoureuse. Chaque maillon a une raison d'être, et le typage statique garantit que si le blog compile, il est probablement correct.

Claire Martin: Et je pense qu'il y a un vrai point commun à faire entre Zig et ce blog : dans les deux cas, des outils sobres, reproductibles, maîtrisés de bout en bout. Dans un monde où tout devient un service géré par quelqu'un d'autre — et on revenait justement sur le harnais de Shankar au début — ces gens-là choisissent de tout posséder, du compilateur au générateur de site.

Nicolas Moreau: C'est le même instinct, oui. Et la chose à suivre, c'est l'adoption de la nouvelle build system de Zig, parce que c'est elle qui déterminera si la version 0.17.0 marque un tournant ou juste une étape.

Claire Martin: Et cet esprit d'artisanat, on le retrouve de manière inattendue... dans les musées. Et même dans le ciel, d'abord. Parlons exoplanètes.

Nicolas Moreau: HR 8799, une histoire de douze ans.

Claire Martin: Oui, et c'est un chef-d'œuvre de patience. On a maintenant douze ans d'images télescopiques du système HR 8799, et ces images montrent quatre exoplanètes plus massives que Jupiter, imaged en orbite autour de leur étoile, à 133 années-lumière de nous.

Nicolas Moreau: Il faut souligner pourquoi c'est rare, parce que le grand public sous-estime la difficulté.

Claire Martin: Imager directement une planète autour d'une autre étoile, c'est comme essayer de photographier une luciole à côté d'un phare. La plupart des exoplanètes sont détectées indirectement — par des variations de luminosité ou de vitesse de l'étoile. Avoir quatre planètes visibles, et surtout sur douze ans, ça permet de voir le mouvement orbital réel, pas juste d'inférer.

Nicolas Moreau: Et douze ans, c'est une fraction de l'orbite de ces géantes, qui mettent des décennies à faire un tour. Donc la série continue, et de nouvelles images sont attendues — c'est une des choses à suivre.

Claire Martin: Et si on passe du ciel au patrimoine, il y a trois musées néerlandais de l'informatique dont il est question : le HomeComputerMuseum à Helmond, le Bonami à Zwolle, et un « DEC barn », une grange avec des machines Digital Equipment.

Nicolas Moreau: Un DEC barn, c'est exactement le genre de chose qui n'existe que dans le hobbyisme sérieux : des collectionneurs qui gardent vivantes des machines d'entreprise des années 70-80, les PDP, les VAX.

Claire Martin: Et ces trois musées, c'est un patrimoine vivant — on peut supposer qu'on y allume les machines, qu'on y montre le matériel en fonctionnement, ce qui est la vraie valeur d'un musée d'informatique par rapport à une vitrine.

Nicolas Moreau: Et il y a uneTransition toute trouvée vers le débat muséographique : ces musées néerlandais posent la question de la curation, et il y a un contre-exemple remarquable au Japon qui l'illustre.

Claire Martin: Le Shimano Bicycle Museum, dans le Kansai. Shimano, c'est le géant japonais des composants de vélo — dérailleurs, freins. Et leur musée fait un choix éditorial fort : il privilégie l'histoire du vélo, pas celle de l'entreprise. Pas de vente, pas d'autopromotion.

Nicolas Moreau: Et ça, c'est rare. Un musée d'entreprise qui ne parle pas de l'entreprise, ou presque.

Claire Martin: Oui, et c'est exactement le contraste à souligner avec les musées « de marque ». Beaucoup de musées d'entreprise sont, en creux, des outils marketing : l'histoire du monde racontée pour valoriser la marque. Le Shimano fait l'inverse : il raconte l'objet — le vélo — et se place au service de cette histoire, quitte à s'effacer.

Nicolas Moreau: Et c'est un modèle de curation dont on peut se demander s'il est transposable. Est-ce que le HomeComputerMuseum raconte l'histoire de l'informatique, ou l'histoire des machines qu'on a aimées ? Est-ce qu'un musée de la part d'un fabricant peut jamais être neutre ? Ce sont des questions sans réponse tranchée.

Claire Martin: Et il y a un dernier sujet qui, à première vue, n'a rien à voir, mais qui rejoint en fait la question du regard porté sur les autres cultures et les statuts. Un article sur LessWrong a fait parler.

Nicolas Moreau: LessWrong, le blog de la communauté rationaliste. L'article porte sur la réalité sociale en Chine.

Claire Martin: Oui, il évoque la conformité sociale et les jeux de statut dans la Chine contemporaine, et il a déclenché des débats particulièrement houleux sur la diversité culturelle.

Nicolas Moreau: Et qu'est-ce qui rendait le débat houleux, précisément ?

Claire Martin: La tension classique : d'un côté, des commentaires qui décrivaient des mécanismes sociaux — la conformité, la hiérarchie des statuts — comme des faits observables. De l'autre, des voix qui réagissaient au risque de généralisation culturelle : parler de « la » conformité chinoise, est-ce décrire une réalité ou alimenter un cliché ? Personne n'est sorti avec un consensus, et honnêtement, c'est peut-être le propre du sujet.

Nicolas Moreau: Et le lien avec le musée Shimano, il est subtil mais réel : dans les deux cas, on regarde une culture de l'extérieur et on essaie de la décrire — l'histoire du vélo au Japon, les jeux de statut en Chine — et la manière de décrire compte autant que ce qu'on décrit. Un musée qui s'efface devant son sujet, un article qui décrit des mécanismes sociaux sans réduire les gens à eux : la question de la curation est partout.

Claire Martin: C'est une belle synthèse pour conclure. On a parlé d'entreprises qui deviennent des harnais autour des modèles, de systèmes d'exploitation qui se ferment face aux agents, d'IA qui sort dans les objets et tourne en local, d'un satellite qui emmène du calcul en orbite, de développeurs qui construisent leurs outils à la main, d'exoplanètes filmées pendant douze ans, de musées qui se souviennent, et d'un débat sur la manière dont on parle des autres.

Nicolas Moreau: Le fil, tu vois, c'est toujours le même : qui contrôle quoi, et qui raconte quoi. Les modèles, les données, les machines, les histoires. Merci d'avoir été là, et on se retrouve très vite.

Claire Martin: Merci, et à bientôt.