
0908 | Octets en vrac : LG espion, Broadcom déraille, Jellyfin 12
Show notes
Au menu : les téléviseurs LG qui écoutent, la fin du téléchargement public de VDDK par Broadcom, Jellyfin 12 et les nouveautés open source, la factorisation d'anciennes clés RSA, l'IA appliquée aux maths, et un tour des curiosités tech de la semaine.
Chronologie
- 00:00:04 Introduction
- 00:00:22 Téléviseurs qui écoutent et saisie surveillée
- 00:04:47 Broadcom verrouille, les organisations s'échappent
- 00:07:49 Jellyfin 12 et le libre qui avance
- 00:10:10 Quand la vieille cryptographie tombe
- 00:15:21 IA, maths et le métier de programmeur
- 00:19:00 Usages, ironies et petites histoires
- 00:23:59 Conclusion
Liens connexes
- Disconnect your LG television from the internet, now
- LG smart TVs caught logging audio with screen off and snooping on local devices
- Apparently CodePen 2.0 sends data to their servers as you type
- TiVo to charge money for skipping commercials in your own recordings
- Leaving VMware just got harder after Broadcom pulled VDDK downloads
- VMware migration reduces Tottenham Hotspur's licensing fees by 85 percent
- Switzerland's Federal Government Is Replacing Microsoft on 3k Computers
- Jellyfin 12.0
- TALA Is Open-Source
- Live map of public transport in Belgium
- Watch Los Angeles get built, one building at a time (1880–2026)
- I've factored the RSA keys of a Certificate Authority from the 90s
- Show HN: Stuxnet – A reconstructed source code of the infamous cyber-weapon
- A Tesla ran a stop sign and killed a man, Full Self-Driving/Autopilot was on
- Speculative Decoding in vLLM on AMD GPUs
- Caltech Mathathon – first hackathon ever devoted to research level mathematics
- Programming is Art
- Bill Gates tries to install MovieMaker
- 'You Can See Everything' Review: Nathan Fielder's Doc About Elizabeth Holmes
- Splash-free urinals (2025)
- De-Brainrot Vacations
- Tiny $70 Xteink X3 e-reader
- Smartphone makers don't bother to comply with EU repairability requirements
Cet épisode est produit par Bri. Bri utilise une technologie d'IA avancée pour transformer les flux qui vous intéressent en podcasts conçus pour l'écoute. Contactez-nous à hi@bri.so.
Transcript
Claire Martin: Bonjour et bienvenue, je suis Claire Martin.
Nicolas Moreau: Et moi Nicolas Moreau. Ce soir, un fil rouge qui traverse presque toutes les histoires de l'émission : la confiance. La confiance dans nos téléviseurs, dans nos outils de développement, dans nos fournisseurs de logiciels, et même dans des algorithmes de conduite. On commence avec des téléviseurs qui, littéralement, vous écoutent.
Claire Martin: Alors l'histoire qui a fait beaucoup réagir, c'est l'enquête de Gamers Nexus sur les smart TVs LG. Leur constat est brutal : ces téléviseurs enregistrent des conversations, les transcrivent, et envoient tout vers LG Ad Solutions. On parle d'environ deux cent seize millions de téléviseurs suivis.
Nicolas Moreau: Et ce qui a marqué les commentateurs, c'est un détail encore plus inquiétant : l'audio du micro est capturé même écran éteint. Et les téléviseurs scannent aussi le réseau local. Donc ce n'est pas juste « la télé regarde ce que vous regardez », c'est « la télé sait quels appareils vous avez chez vous et entend ce qui se dit dans le salon ».
Claire Martin: Ce qui est intéressant dans la discussion, c'est que deux camps se dessinent. Il y a ceux qui disent : c'est le prix du modèle économique. Si vous vendez un téléviseur presque au prix coûtant, vous devez monétiser les données. Et ceux qui répondent : peu importe le modèle, un micro qui tourne avec l'écran éteint dépasse ce qu'un utilisateur peut raisonnablement attendre, même après avoir cliqué sur un long contrat de licence.
Nicolas Moreau: Beaucoup d'expériences personnelles aussi. Des gens racontent avoir isolé leur téléviseur sur un VLAN dédié, avoir bloqué les domaines de télémétrie sur leur box, ou carrément l'avoir débranchée d'Internet et utilisée comme un simple écran avec une boîte TV externe. Et c'est exactement le conseil de Gamers Nexus : déconnecter la télé du réseau.
Claire Martin: Mais même chez ceux qui ont isolé leur appareil, il reste une frustration. Certains font remarquer que les fonctionnalités vendues comme des services, les applis, les mises à jour, deviennent de facto inutilisables si vous refusez la surveillance. Vous payez un produit complet et vous vous retrouvez avec la moitié du produit. D'autres rappellent qu'on ne connaît pas le périmètre exact de la collecte : qu'est-ce qui part, à quelle fréquence, est-ce que les transcriptions sont conservées ?
Claire Martin: Ça, personne ne le sait précisément.
Nicolas Moreau: Et côté juridique, la question reste ouverte : est-ce que ça viole les lois sur la protection de la vie privée selon les pays ? Y aura-t-il des poursuites, des amendes ? Les commentateurs en débattent, mais il n'y a pas de réponse aujourd'hui. Certains espèrent des réactions régulatrices, d'autres sont sceptiques et pensent que rien ne changera tant que les acheteurs ne lisent pas les conditions.
Claire Martin: Et en creux, une question plus philosophique revient souvent : quand on achète un téléviseur, est-on le client ou le produit ? Parce que là, le téléviseur a un micro toujours à l'écoute et un scanner réseau, ce qui ressemble davantage à un capteur de surveillance qu'à un objet de divertissement.
Nicolas Moreau: Et justement, cette idée de surveillance passive, on la retrouve dans un tout autre contexte : le développement web. CodePen, l'outil très connu des développeurs pour prototyper du HTML, du CSS et du JavaScript, a lancé une version 2.0, et il y a un problème de confidentialité que personne n'avait vraiment anticipé.
Claire Martin: Explique-nous, parce que c'est subtil.
Nicolas Moreau: Alors CodePen 2.0 envoie la saisie de l'éditeur vers ses serveurs au fur et à mesure que vous tapez, avant même que vous sauvegardiez. C'est pour alimenter les aperçus en temps réel. Sauf que si vous collez un mot de passe, une clé d'API, un jeton dans l'éditeur sans avoir sauvegardé, cette donnée peut quand même fuiter, notamment via les URLs d'aperçu.
Claire Martin: Et dans les commentaires, beaucoup de développeurs disent : « ça m'est arrivé sans le savoir ». Parce qu'on colle un secret pour tester une requête, on se dit que ce n'est pas sauvegardé donc ça n'existe nulle part. Sauf que côté serveur, la donnée a déjà transité. Un commentaire qui revient souvent : le problème n'est pas tant la fuite en elle-même que le fait que le comportement par défaut contredit le modèle mental des utilisateurs.
Nicolas Moreau: Exactement. Et certains comparent avec les environnements de développement locaux : votre éditeur de code sur votre machine ne balance pas vos frappes clavier sur un serveur. D'où le débat : est-ce que les outils en ligne doivent prévenir explicitement, par exemple avec une zone « ne jamais envoyer », ou est-ce à l'utilisateur de savoir ? D'autres demandent si CodePen va changer le comportement ou ajouter un avertissement. Pour l'instant, c'est une question sans réponse dans la discussion.
Claire Martin: Et le parallèle avec LG, c'est troublant : dans les deux cas, une fonctionnalité présentée comme un confort, l'aperçu en direct, la voix et les recommandations, cache une collecte de données que l'utilisateur n'a pas choisie consciemment. L'ordinateur ne se contente plus d'exécuter, il observe.
Nicolas Moreau: Et d'ailleurs, TiVo, dans le même registre, donne un exemple intéressant de « confort qu'on vous retire ». Depuis le 2 novembre 2026, TiVo supprime SkipMode, le saut automatique des publicités qui était offert gratuitement, et teste à la place un complément payant mensuel.
Claire Martin: Ce qui a fait ricaner plus d'un commentateur : on vous donne un jour la fonction, puis on vous la reprend et on vous la revend. Certains y voient l'illustration du modèle « tout devient un abonnement », d'autres rappellent que TiVo se bat pour sa survie économique et que rien n'est gratuit. Mais l'expérience utilisateur, elle, s'est clairement dégradée. Et ça nous amène à une autre entreprise qui joue très fort sur le contrôle de son écosystème : Broadcom.
Nicolas Moreau: Alors Broadcom, qui détient VMware, a retiré les téléchargements publics de VDDK, le Virtual Disk Development Kit, sans aucune explication. Et quand des clients demandent au support, la réponse est : indisponible. Point.
Claire Martin: Pourquoi c'est grave ? Parce que le VDDK est justement l'outil dont vous avez besoin pour accéder aux disques virtuels VMware quand vous voulez migrer ailleurs. Donc au moment où des organisations cherchent à quitter VMware, à cause justement des hausses de licences depuis le rachat, l'outil qui faciliterait le départ devient inaccessible.
Nicolas Moreau: Et là, les commentateurs sont très unis sur le diagnostic, même s'ils divergent sur l'interprétation. Le diagnostic : c'est un verrouillage délibéré de l'écosystème, ou au minimum une négligence tellement systématique qu'elle revient au même. Les divergences portent sur la suite : certains pensent que ça accélérera les migrations, d'autres que ça les bloquera, parce que sans VDDK, extraire ses données devient plus coûteux et plus risqué.
Claire Martin: Il y a aussi un débat intéressant sur la confiance fournisseurs. Plusieurs retours d'expérience : des équipes qui ont hérité de parcs VMware énormes et qui réalisent que chaque outil tiers qui dépendait d'un téléchargement public peut disparaître du jour au lendemain. La leçon que beaucoup en tirent : il faut archiver localement les outils dont votre migration dépend, ne jamais considérer qu'un téléchargement restera disponible.
Nicolas Moreau: Et face à ce verrouillage, deux histoires de fuite vers le libre. La première vient du sport : Tottenham Hotspur a remplacé VMware par HPE Morpheus VM Essentials, et a réduit ses frais de licences de plus de 85 pour cent.
Claire Martin: 85 pour cent, quand même. Et ce que les commentateurs notent, c'est que ce n'est pas une petite boîte de startup, c'est un club sportif professionnel avec des infrastructures réelles, des contraintes de disponibilité le jour des matchs. Donc la migration, c'est la preuve que c'est faisable à taille réelle. Ça nourrit l'argument des partisans de la sortie de VMware : le coût du changement est ponctuel, le coût des licences est permanent.
Nicolas Moreau: Bien sûr, les sceptiques répondent qu'on ne connaît pas tous les détails du contrat, la durée, les coûts cachés de migration, et qu'un chiffre communiqué par l'organisation mérite un peu de prudence. Mais l'histoire sert surtout d'exemple encourageant pour tous ceux qui hésitent.
Claire Martin: Et la deuxième fuite est encore plus significative politiquement : la Suisse a annoncé qu'elle allait migrer trois mille postes fédéraux de Microsoft 365 vers openDesk, une suite open source, dans un premier temps comme pilote, avec un objectif fixé à 2027. Et tout ça s'appuie sur une loi de souveraineté numérique.
Nicolas Moreau: Ce qui a lancé un beau débat dans les commentaires. Les optimistes disent : c'est le signal que la souveraineté numérique passe des discours aux actes, et que quand un État bouge, les éditeurs propriétaires doivent enfin négocier sérieusement.
Nicolas Moreau: Les pessimistes rappellent que trois mille postes, c'est un pilote, et que la vraie question sera la migration à grande échelle : la compatibilité des documents, la formation des agents, les fonctionnalités manquantes d'openDesk par rapport à l'écosystème Microsoft.
Claire Martin: Un point qui revient souvent : la Suisse fait ça pour la souveraineté, donc le contrôle de ses données et de ses outils, pas uniquement pour le prix. Et ça change le calcul. Une entreprise compare les coûts ; un État compare aussi sa dépendance à un acteur étranger. Et ça rejoint exactement la leçon de l'affaire Broadcom : quand vous n'avez pas de sortie possible, le fournisseur fixe les conditions.
Nicolas Moreau: Et heureusement, le côté libre, il avance aussi par lui-même, pas seulement en réaction aux éditeurs propriétaires. Jellyfin, le serveur multimédia libre, alternative aux solutions commerciales de streaming maison, sort sa version 12.0.
Claire Martin: Et c'est une version symbolique, parce que Jellyfin abandonne le préfixe « 10. » de son numéro de version. Après des années en 10.8, 10.9, passer à 12.0, c'est une déclaration : on tourne la page.
Nicolas Moreau: Mais attention, il y a un point de vigilance que les mainteneurs soulignent eux-mêmes : la migration de la base de données exige une sauvegarde préalable. Ce n'est pas une mise à jour qu'on lance en cliquant sans réfléchir. Et côté utilisateurs, une nouveauté bien accueillie : les noms d'utilisateur deviennent insensibles à la casse. Fini les confusions entre « Nicolas » et « nicolas ».
Claire Martin: Dans les discussions, beaucoup racontent leur usage de Jellyfin comme une véritable alternative installée sur leur propre matériel, sans abonnement, sans collecte de données, et on voit bien le contraste avec la télé LG dont on parlait au début : vous regardez vos films chez vous, et rien n'est envoyé à personne.
Nicolas Moreau: Et le libre ne se limite pas aux serveurs multimédias. TALA, le moteur de mise en page de diagrammes d'architecture de Terrastruct, passe en open source sous licence MPL 2.0, et il est intégré à la version 0.9.0 de D2, le langage de description de diagrammes.
Claire Martin: Ce que les développeurs saluent, c'est que le rendu des diagrammes d'architecture est un vrai problème difficile, un problème d'algorithmie de disposition graphique. Le rendre open source, ça veut dire que d'autres outils vont pouvoir en bénéficier et que la communauté pourra contribuer. Plusieurs commentaires espèrent voir TALA adopté au-delà de D2.
Nicolas Moreau: Et si on veut mesurer la vitalité du libre et de l'open data, deux exemples communautaires. D'abord ovlive.be, une carte en temps réel de tous les bus, trams, métros et trains de Belgique, construite sur les données ouvertes des opérateurs.
Claire Martin: Et l'autre, encore plus fou : quelqu'un a modélisé en 3D la totalité du million cent mille bâtiments de la ville de Los Angeles, en les datant par année de construction, de 1880 jusqu'à 2026, en combinant des données lidar et les données du cadastre, le tout rendu avec MapLibre.
Nicolas Moreau: Et ce que les commentateurs adorent, c'est qu'on peut littéralement voir l'histoire urbaine de la ville : les quartiers anciens, les vagues d'expansion, les zones reconstruites. Certains imaginent des usages pédagogiques, d'autres des usages en urbanisme. Et ça illustre un point : quand les données publiques sont ouvertes, la communauté produit des choses qu'aucune entreprise ne ferait. Un contrepoint amusant : tout le monde demande maintenant la même chose pour sa propre ville.
Claire Martin: Mais l'open source et les données ouvertes, ça ne protège pas de tout. Parce que l'autre grande leçon de la semaine, c'est que l'ancien logiciel, lui, finit par se casser. Et parfois de manière spectaculaire.
Nicolas Moreau: Alors voilà l'histoire qui a fait sensation : un chercheur a factorisé des racines d'autorité de certification RSA de 512 bits, les clés E-Certify, qui étaient livrées avec Netscape 4.51 en 1999. Et il l'a fait en environ trente heures, sur un simple processeur Ryzen de bureau.
Claire Martin: Trente heures sur un CPU grand public. C'est ce chiffre qui a marqué tout le monde. Parce que ces clés, à l'époque, elles étaient considérées comme sûres. Elles signaient des certificats, donc si vous pouviez les factoriser, vous pouviez potentiellement forger des certificats qui auraient l'air valides.
Nicolas Moreau: Et le débat dans les commentaires tourne autour de deux questions. Première question : est-ce que c'est grave aujourd'hui ? Et là, les avis divergent. Les uns disent que c'est purement académique, que ces racines ne sont plus reconnues par aucun navigateur moderne depuis des décennies, que personne n'utilise Netscape 4.51.
Nicolas Moreau: Les autres répondent : ce n'est pas si simple, parce que des systèmes anciens, des équipements industriels, des machines embarquées, peuvent encore valider des signatures avec des bibliothèques qui n'ont pas été mises à jour, et qui accepteraient peut-être ces vieilles chaînes de confiance.
Claire Martin: Et deuxième question, plus profonde : qu'est-ce qui reste signé avec de la crypto faible, caché au fond d'archives, de sauvegardes, de documents PDF signés il y a vingt ans ? Un commentaire qui revient : la crypto ne meurt pas le jour où on la casse, elle meurt le jour où quelqu'un prend la peine de la casser et qu'on s'en rend compte. Le fait qu'un CPU de bureau suffise en trente heures, ça veut dire que tout ce qui repose encore sur du RSA 512 bits est, en pratique, déjà compromis.
Nicolas Moreau: Et ça rejoint une discussion récurrente sur l'hygiène des systèmes anciens : à partir de quand décide-t-on qu'un algorithme est mort ? Est-ce qu'on publie les facteurs, comme on publie les failles ? Le chercheur a rendu son travail public, et certains trouvent ça sain, d'autres s'inquiètent des usages malveillants. Mais dans les faits, quiconque est motivé pouvait déjà le faire.
Claire Martin: Et dans le même esprit d'archéologie logicielle, un dépôt GitHub publie le code source reconstruit de Stuxnet, environ quinze mille lignes, issues de binaires décompilés. Le tout présenté à des fins de recherche et d'éducation.
Nicolas Moreau: Stuxnet, pour rappel, c'est le ver qui a visé les centrifugeuses nucléaires iraniennes, un malware d'une sophistication inouïe, attribué à des acteurs étatiques. Et avoir son code reconstruit en pleine lumière, ça a déclenché un débat de fond.
Claire Martin: D'un côté, les défenseurs du dépôt : la rétro-ingénierie de malwares célèbres est une pratique de recherche établie, le code permet d'étudier des techniques d'attaque, de mieux défendre les systèmes industriels, et le malware a cessé d'être une menace active depuis longtemps.
Claire Martin: De l'autre, les inquiets : quinze mille lignes de code fonctionnel, ça peut servir de matière première pour construire de nouvelles attaques, notamment contre des infrastructures industrielles qui, elles, existent toujours et ne sont pas forcément mieux protégées.
Nicolas Moreau: Et ce qui est fascinant dans les commentaires, c'est que beaucoup de spécialistes de sécurité se retrouvent des deux côtés à la fois. Ils reconnaissent la valeur pédagogique, ils ont eux-mêmes appris en lisant du code de malware, mais ils admettent que la ligne entre étudier et réutiliser est mince. La question qui reste sans réponse : est-ce qu'il existe un cadre cohérent pour ce genre de publication, ou est-ce qu'on agit au cas par cas ?
Claire Martin: Et il y a un parallèle amusant avec l'histoire E-Certify : dans les deux cas, des artefacts du passé, du code et des clés, resurgissent et posent des questions de sécurité au présent. La technologie avance, mais les vieux fantômes restent là, et un CPU de bureau ou un dépôt GitHub suffisent à les réveiller.
Nicolas Moreau: Et puis il y a un troisième fantôme, plus tragique celui-là : une Tesla Model 3, avec FSD, Full Self-Driving, ou Autopilot vérifié comme engagé au moment des faits, a grillé un stop dans le New Jersey et tué une conductrice de 82 ans. Et detail qui a relancé la polémique : Tesla a censuré des champs clés du rapport de la NHTSA, l'agence américaine de sécurité routière.
Claire Martin: Alors là, les commentaires sont durs, et je pense qu'il faut le dire honnêtement : ce qui choque, ce n'est pas seulement l'accident, c'est la redaction. Quand le constructeur du système qui pilotait le véhicule masque des informations dans le rapport de l'agence qui enquête, la question de la transparence devient centrale.
Nicolas Moreau: Et on retrouve deux lignes de débat qu'on connaît bien. La première porte sur la responsabilité : un système « vérifié comme engagé » au moment d'un accident mortel, est-ce que ça engage le constructeur, le conducteur, les deux ?
Nicolas Moreau: Les uns rappellent que FSD exige une supervision constante et que le conducteur reste responsable, les autres répondent que si le système rate un stop, ce n'est pas une erreur de supervision humaine, c'est une défaillance du produit, et que le marketing de Tesla autour de la conduite autonome brouille justement cette distinction.
Claire Martin: La deuxième ligne porte sur la transparence des données. Un argument qui revient souvent : Tesla collecte d'énormément de données de télémétrie, donc elle sait exactement ce qui s'est passé, et si les champs clés du rapport sont censurés, ça nourrit le soupçon qu'une divulgation complète ne serait pas favorable au constructeur. D'autres tempèrent en disant que la censure peut avoir des justifications, la protection du secret industriel, la vie privée, mais la méfiance, elle, est bien réelle.
Nicolas Moreau: Et ce qui est intéressant, c'est que cette histoire crée un pont avec le début de l'émission : d'un côté, un téléviseur qui vous écoute, de l'autre, une voiture qui conduit et qui, quand quelque chose va mal, garde ses données pour elle. Dans les deux cas, l'utilisateur n'a pas la visibilité sur ce que la machine sait et fait.
Nicolas Moreau: Et la question qui reste ouverte : qu'est-ce que l'enquête de la NHTSA va donner, est-ce qu'il y aura des rappels, des changements réglementaires sur la conduite dite autonome ? Personne ne le sait.
Claire Martin: Et justement, cette tension entre ce que les machines font et ce que les humains gardent pour eux, on la retrouve dans un débat qui agite la communauté des développeurs : quelle place laisser à l'IA dans le code ?
Nicolas Moreau: Alors techniquement d'abord, parce qu'il y a du concret : le blog de vLLM, le moteur d'inférence pour grands modèles de langage, détaille le décodage spéculatif sur des GPU AMD, les MI300X et MI355X, avec des benchmarks sous ROCm. Ils comparent plusieurs méthodes : MTP, EAGLE-3, DFlash, DSpark.
Claire Martin: Le décodage spéculatif, en deux mots pour les auditeurs : au lieu de générer les tokens un par un, on laisse un petit modèle proposer plusieurs tokens d'avance, et le gros modèle vérifie en parallèle. Si les propositions sont bonnes, on gagne beaucoup de temps. Et le fait que vLLM publie des benchmarks sérieux sur du matériel AMD, ça compte, parce que l'écosystème d'inférence était très dominé par NVIDIA.
Nicolas Moreau: Et dans les commentaires, les retours sont partagés : certains confirment des gains réels en production avec ces techniques, d'autres nuancent en disant que les résultats dépendent énormément du modèle, du type de charge, du taux d'acceptation des tokens proposés. Comme toujours en performance, il faut mesurer sur son propre cas d'usage. Mais l'ordre du jour général, c'est que l'inférence devient moins chère et plus rapide, et que ça ouvre la porte à des usages plus larges.
Claire Martin: Et justement, l'IA comme outil de recherche : le Caltech organise un Mathathon, un hackathon de quarante heures le 30 octobre 2026, où cent équipes vont utiliser des modèles d'IA de pointe pour attaquer des conjectures mathématiques ouvertes.
Nicolas Moreau: Là, les avis sont vraiment tranchés dans la discussion. Un camp est enthousiaste : cent équipes sur des conjectures ouvertes, c'est une expérience de recherche inédite, et même si une seule équipe fait un progrès partiel, c'est déjà énorme. Les modèles d'IA sont déjà capables d'apporter des pistes sur des problèmes de maths, et les mettre à l'échelle avec des humains pour filtrer, c'est exactement le bon usage.
Claire Martin: L'autre camp est sceptique, et leurs arguments méritent d'être entendus. D'abord : les conjectures ouvertes sont ouvertes précisément parce que les meilleures mathématiciennes et les meilleurs mathématiciens du monde ont échoué. Quarante heures, même avec les meilleurs modèles, ça ressemble à du marketing autant qu'à de la science. Ensuite : un hackathon pousse à la vitesse, alors que les mathématiques demandent de la profondeur.
Claire Martin: Et enfin, il y a le risque de résultats non vérifiés, de preuves approximatives présentées comme des avancées. Mais même les sceptiques s'accordent sur un point : le résultat de l'événement, quel qu'il soit, sera une donnée précieuse sur ce que l'IA sait vraiment faire en mathématiques.
Nicolas Moreau: Et en parallèle de tout ça, un essai a relancé le débat existentiel : l'auteur affirme que les vrais programmeurs écrivent le code comme un art et ne le confieront pas à l'IA. Mais avec une pirouette finale : lui-même, avoue-t-il, ne code que pour l'argent.
Claire Martin: Et cette pirouette, c'est elle qui a fait vivre la discussion. Parce que d'un côté, beaucoup de développeurs reconnaissent le sentiment : il y a un plaisir d'artisan dans écrire du code soigné, et déléguer ça à une machine peut sembler vider le métier de sa substance. Les défenseurs de cette position disent que le code, ce n'est pas seulement un produit, c'est une compréhension, et qu'en déléguant, on perd la compréhension.
Nicolas Moreau: De l'autre côté, les pragmatiques. Certains pointent l'ironie : si l'auteur ne code que pour l'argent, alors pourquoi refuser l'outil qui le fait plus vite ? D'autres racontent leur quotidien : ils utilisent l'IA pour le code répétitif, la plomberie, les tests, et gardent pour eux l'architecture et les choix de conception. Pour eux, l'IA n'enlève pas l'artisanat, elle en dégage les corvées.
Nicolas Moreau: Et il y a les inquiets, qui voient les juniors apprendre à déléguer avant d'avoir appris à écrire, et se demandent comment se formera la prochaine génération.
Claire Martin: Et la question reste ouverte, vraiment : est-ce que l'IA remplace l'artisanat du code, ou est-ce qu'elle le déplace, vers la conception, la relecture, les décisions ? Est-ce que dans dix ans, écrire du code à la main sera comme écrire à la main une mise en page qu'une machine ferait mieux ? Les commentateurs ne s'accordent pas, et honnêtement, je ne suis pas sûre qu'il y ait une bonne réponse.
Nicolas Moreau: Et comme toute technologie soulève ces questions d'usage, on va finir par des histoires plus petites, mais qui racontent toutes la même chose : le rapport entre les utilisateurs et les entreprises ou les systèmes qui repensent, et parfois dégradent, l'expérience.
Claire Martin: Alors commencez par celle-là, parce qu'elle est savoureuse : un e-mail interne de Microsoft de 2003 vient de resurgir, dans lequel Bill Gates est furieux après avoir échoué à télécharger Movie Maker depuis Microsoft.com. Il s'insurge contre l'ergonomie du site de sa propre entreprise.
Nicolas Moreau: Et ce qui est délicieux, c'est que c'est Bill Gates lui-même, en 2003, qui vit exactement ce que vivent les utilisateurs : une page qui ne propose pas le bon téléchargement, des étapes inutiles, une navigation confuse. Son e-mail est cinglant sur l'expérience utilisateur.
Nicolas Moreau: Et les commentateurs en tirent une leçon : si le fondateur, avec tous les pouvoirs qu'il avait, n'arrive pas à télécharger un logiciel de sa propre entreprise, c'est que les problèmes d'ergonomie sont structurels, pas des accidents. Et ça résonne aujourd'hui : vingt ans plus tard, on se bat encore avec des téléchargements, des cookies, des murs d'abonnement.
Claire Martin: Et d'ailleurs TiVo, dont on parlait, en est une version 2026 : l'ergonomie et le confort qu'on vous donne, puis qu'on vous retire. C'est toujours la même tension entre l'expérience de l'utilisateur et les intérêts de l'entreprise.
Nicolas Moreau: Dans un tout autre genre, Nathan Fielder a présenté à Telluride son documentaire sur Elizabeth Holmes, « You Can See Everything », produit par A24, cent soixante-quatorze minutes.
Claire Martin: Et le titre est parfait pour notre fil rouge de la confiance : Elizabeth Holmes, Theranos, la promesse d'une technologie qui devait tout voir d'une goutte de sang, et qui n'existait pas. Cent soixante-quatorze minutes, c'est long, et les discussions s'interrogent déjà sur l'angle que Fielder, connu pour son approche dérangeante, va prendre : est-ce une anatomie du mensonge, une étude de personnalité, une réflexion sur la Silicon Valley ?
Claire Martin: Le film vient de débuter, donc les réponses viendront avec sa sortie plus large.
Nicolas Moreau: Et puisqu'on parle de bizarreries de la recherche appliquée, celle-ci est un classique des Ig Nobel : un article dans PNAS Nexus sur des urinoirs sans éclaboussures, avec la conception « Nautilus » recommandée, qui a remporté le prix Ig Nobel de physique 2026.
Claire Martin: Et le fait que ça passe par de la vraie recherche, une publication dans une revue scientifique, sur la dynamique des fluides appliquée à un urinoir, c'est exactement l'esprit Ig Nobel : d'abord faire rire, puis faire réfléchir. Et plusieurs commentaires font remarquer que le problème est réel, que les conceptions existantes sont mauvaises, et qu'une étude sérieuse sur la forme optimale a des applications pratiques dans des millions de toilettes.
Claire Martin: La science sérieuse n'a pas besoin d'un sujet noble.
Nicolas Moreau: Et pour terminer sur une note plus personnelle, un billet qui a beaucoup fait parler : un développeur raconte ses « de-brainrot vacations », des vacances contre la pourriture cérébrale. Une pause lente à la campagne, de la lecture, des maths et de la physique en hobby, pour inverser ce qu'il décrit comme un déclin mental causé par les usages numériques.
Claire Martin: Et les réactions sont étonnamment nuancées. Beaucoup témoignent : oui, couper les flux courts, les fils d'actualité, les notifications, ça change la capacité de concentration en quelques semaines. D'autres racontent avoir repris des mathématiques ou de la lecture longue avec le même objectif. Et les sceptiques rappellent que le terme « brainrot » est à la mode et qu'il faut se méfier des récits de déclin cérébral qui fleurissent à chaque nouvelle technologie.
Claire Martin: Mais même eux reconnaissent que prendre des pauses lentes, ça ne peut pas faire de mal.
Nicolas Moreau: Et pour les lecteurs qui voudraient déconnecter sans pour autant abandonner la lecture, une petite trouvaille : l'Atlantic vante un e-reader à soixante-dix dollars, le Xteink X3, format carte de crédit, qui aiderait vraiment à lire plus.
Claire Martin: Avec des limites assumées : pas d'écran tactile, pas de rétroéclairage. Donc un objet volontairement dépouillé. Et le détail qui va faire sourire nos auditeurs après cette émission : il existe un firmware open source, Crosspoint, qu'on peut lui installer. Même sur un e-reader à soixante-dix dollars, la communauté du libre trouve le moyen de reprendre le contrôle.
Nicolas Moreau: C'est une belle boucle, en effet. Et un dernier point, plus sérieux, sur le droit à la réparation en Europe : un an après l'entrée en vigueur des règles européennes de réparabilité, seuls environ dix-huit pour cent des deux mille trois cent trente-quatre nouveaux smartphones listent les liens d'informations de réparation obligatoires.
Claire Martin: Dix-huit pour cent. C'est le chiffre qui résume tout : une règle existe, et les acteurs la respectent à moins d'un sur cinq. Les commentateurs s'interrogent sur les sanctions : est-ce qu'il y en a, est-ce qu'elles sont appliquées ? Certains pointent le flou sur qui contrôle quoi entre les États membres et la Commission. D'autres notent que les fabricants ont peut-être trouvé des échappatoires dans les définitions, quels modèles comptent comme « nouveaux », quels liens suffisent.
Claire Martin: La leçon, encore une fois : une règle sans application effective, ça ne change pas grand-chose pour l'utilisateur.
Nicolas Moreau: Et ça fait écho à tout ce qu'on a dit ce soir : la LG qui écoute, CodePen qui transmet vos frappes, Broadcom qui retire ses outils, Tesla qui censure son rapport, TiVo qui retire sa fonction, l'Europe qui légifère sans faire respecter. Dans tous ces cas, la question est la même : qui a le pouvoir d'information et de contrôle, et comment l'utilisateur reprend-il la main ?
Claire Martin: Et parfois il reprend la main, comme avec Jellyfin, TALA, Crosspoint, ovlive.be ou les mille cent mille bâtiments de Los Angeles en 3D. Ce n'est pas du tout le même monde, mais ça coexiste, et chacun choisit de quel côté il se place.
Nicolas Moreau: Sur cette note, on vous dit merci d'avoir été là, on se retrouve très bientôt pour une nouvelle édition.
Claire Martin: Prenez soin de vous, et pensez peut-être à débrancher votre téléviseur. Bonne soirée !